« Journée de noces chez les Cromagnons » est tout simplement l’une des toutes premières œuvres de l’écrivain et dramaturge canadien Wajdi Mouawad. On ne présente presque plus Wajdi Mouawad ; sa quadrilogie Littoral, Incendie, Forêts et Ciels a fait les belles heures du festival d’Avignon 2009 dont il est l’artiste associé. Son écriture tourne le plus souvent autour des thèmes de la filiation, des liens de sang, de la quête de soi et de ses origines.

L’origine, justement, comme celle de Mouawad contraint de quitter sa terre natale, le Liban, à l’âge de huit ans. La cause : la guerre civile qui débute en 1975 suite au conflit israélo-palestinien qui s’envenime… Dès lors cette atmosphère de chaos ne cessera de le hanter et de servir de décor à quelques unes de ses œuvres. Et c’est bien dans un décor de guerre que le spectateur est plongé dès les premiers instants du spectacle. Au milieu d’une maison aux murs fissurés par les éclats de bombes vont apparaitre tour à tour les membres d’une famille presque ordinaire : c’est la famille de Nelly, la fille, qui célèbre ses noces aujourd’hui au rythme des tirs de mitraillettes.

La mère (excellente Chantal Trichet) veut tout faire pour que les noces soient belles et réussies ; elle a les gestes et la gouaille d’une véritable Mama juive et arabe à la fois. Elle demande de l’aide à son fils cadet, un grand joueur, cynique et désabusé qui a certainement grandi avec la guerre. Puis déboule le père, parti chercher le mouton à sacrifier et bien plus tard encore l’aîné qui en train de la faire, lui, la guerre… Pas de doute, nous sommes au Liban. Mais très vite on s’aperçoit que cette famille n’est pas si ordinaire que ça voire même que la folie ne va tarder à s’emparer d’elle !

Noces de plomb
Durant les trois quarts de la pièce Nelly ne se montre pas aux yeux des spectateurs, elle est une ombre, une voix, et surtout une sorte d’illuminée qui attend son fiancé en jubilant devant les atrocités de la guerre qu’elle aperçoit de sa fenêtre. Durant cette longue journée, dans cette maison presque en ruine, tout devient prétexte aux prises de bec et aux règlements de comptes familiaux même la gentille voisine venue prêter main forte en prend pour son grade. Alors, on comprend que tout n’est qu’un leurre : le fiancé ne viendra probablement jamais. Comme il n’est pas question de s’ennuyer chez les « Cromagnons » et parce qu’ il faut tenter d’oublier la tragédie qui se joue à l’extérieur, la famille s’invente des noces factices. Seule la pauvre voisine croit encore que les invités et le fiancé vont venir, nous, spectateurs nous n’y croyons plus. Et si pour tordre le cou à la dure réalité apparaissait tout de même le fiancé si attendu ? Et si, comme dans un rêve, il emmenait Nelly comme le Prince charmant ? Alors tout deviendrait possible…

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Journée de noces chez les Cromagnons (site web)Journée de noces chez les Cromagnons
De Wajdi Mouawad
Mise en scène : Mylène Bonnet
Avec Parick Paroux (Néyif, le père), Chantal Trichet (Naziha, la mère), Céline Chéenne (Nelly, la fille), Xavier Clion (Walter, le fils aîné), Philippe Canales (Neel, le fils cadet), Sabrina Baldassara (Souhayla, la voisine), Cyril Hamès (Le Monsieur, un étranger)
Du 21 janvier au 21 février 2010
du mardi au samedi 20h
dimanche 16h30

Théâtre de la tempête
Cartoucherie Route du champ de Manœuvre 75012 Paris
Réservation : 01 43 28 36 36
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