Ce n’est pas par hasard que Jean Anouilh a choisi le théâtre comme unité de lieu et environnement pour situer l’action de sa pièce. C’est l’endroit de tous les faux-semblants, des mystères, des illusions, des mensonges, où se joue la comédie et la tragédie. L’endroit où l’on passe d’un sentiment à un autre, d’un rôle à un autre, tout aussi sincèrement. Le lieu où la vie est légère puisque rien n’est vrai.
Julien, fils de la star des planches Alexandra, déteste sa mère mais aime Colombe et Colombe aime Julien. Julien aime l’absolu et la difficulté, Colombe aime s’amuser, Alexandra, la mère de Julien, n’aime qu’elle et le théâtre. Julien doit partir au service militaire. Il pourrait se faire réformer et rester avec sa femme et son fils. Mais Julien refuse. Pour lui la facilité n’est pas de mise, elle est même suspecte. Julien est droit, sinon rigide, il refuse tout passe droit ou compromis. Sa femme, aussi doit en faire autant, ne pas avoir envie de ce qui lui fait envie, pas même de regarder les jolies robes dans les boutiques… au grand désespoir de Colombe. Il l’aime comme il voudrait qu’elle soit, à son aulne, pas comme elle est réellement. Le futur soldat confie sa femme à sa mère, l’omnipotente et fantasque sinon fantastique et surtout égocentrique, madame Alexandra. Bref, c’est une comédienne, pire une diva. Immergée dans ce monde inconnu et diablement attirant, la jolie et douce Colombe, moins innocente qu’elle n’y parait, loin d’être perdue, apprend très vite comment y survivre à son avantage. Flattée de tourner la tête à ces messieurs, en fine mouche, elle papillonne, mutine, elle butine. La belle s’amuse, et oublie rapidement son mari, dans les bras de son demi-frère, volage, tellement plus drôle et léger. Alerté par un ami qui ne lui veut pas que du bien, le soldat débarque au théâtre pour découvrir qui l’a déshonoré. Colombe n’est plus celle qu’il croyait qu’il avait épousé. Elle est devenue une femme qui s’inquiète d’elle même et de son avenir, qui vit enfin sa vie.
Théâtre sur scène et en coulisses
Anouilh, a distribué et écrit les rôles pour des comédiens… C’est-à-dire que chaque personnage correspond à un emploi, dirait-on en classique. La star, la jeune première, l’auteur prétentieux, l’acteur sur le retour, … Mais des emplois aux caractéristiques pas si classiques. Les seconds rôles, loin d’être secondaires, ont chacun une belle partition à défendre : du directeur, (archétype de la fonction, près de ses sous et encore plus près des jeunes filles), l’auteur, « poète chéri , de la Comédie Française », imbu de lui-même, buvant les paroles des autres dès que les autres lui parlent de lui et de ses vers de mirliton, Il y a aussi, le vieux beau séducteur, l’habilleuse aux petits soins, le régisseur râleur (Rufus), mauvais acteur à ses heures, amer, aigri qui aimerait que tous les hommes soient cocus, histoire de ne pas être le seul… Chacun incarne un trait de caractère, une qualité ou un défaut, ils s’agitent tous sur scène comme en coulisses, car au fond chacun essaye de survivre dans ce monde. Le monde du réel, du dehors, si âpre, si dur.
Annie Duperey se glisse avec délice dans le costume d’Alexandra. Excessive, méchante, tranchante, elle lance des répliques acerbes où l’entourage en prend pour son grade. Avare, hypocrite et franche à la fois, elle est une mère indigne et féministe, tour à tour enjôleuse, et acariâtre, prête à tout pour arriver à ses fins : être l’idole du public. Sarah Giraudeau, espiègle en diable compose une Colombe, petit oiseau pas si oie blanche qui passe de l’innocence à la maîtresse femme qui éprouve sa féminité toute neuve. Grégori Baquet, (Julien) n’a pas le rôle facile. Il est l’empêcheur de tourner en rond, le personnage gris, et terne, qui contraste avec son physique de beau gosse. Malgré la rigueur du personnage sans attrait, d’homme s’accrochant à ses illusions d’absolu. il n’est jamais falot, ni sans consistance. Le dispositif scénique simple et vivant, ajoute à l’idée de scène et de coulisses mélangées. Par des changements à vue, les toiles peintes se retournent et deviennent réalité, ou s’élèvent dans les cintres en disparaissant comme l’artifice qu’elles sont. Les costumes de Pascale Bordet qui signe aussi l’affiche, sont brillants, déraisonnables, flamboyants,… comme au théâtre. Une mise en scène dynamique et une direction d’acteur précise nous embarque sans effort pendant presque 3 heures sans jamais un temps d’ennui.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Colombe (site web)
De JEAN ANOUILH
Sara Giraudeau, Grégori Baquet, Jean-Francois Pargoud, Jean-Paul Bordes, Etienne Draber, Jean-Pierre Moulin, Rufus, Fabienne Chaudat, Anny Duperey
Mise en scène, Michel Fagadau
Du mardi au samedi, 20h45, samedi 15h, Dimanche 16h30
Jusqu’au 7 mai 2010
Comédie des Champs Elysées
15 avenue Montaigne Paris 8e
Réservations: 0153 23 99 19
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Merveilleuse pièce,
menée par d’excellents acteurs. Grégori Baquet Bouleversant.