Exit les caméras, les plans, le montage. Les cités, on en parle pas que dans la rue ou dans les reportages. Les jeunes avec leurs histoires et leurs tours ont aussi leur place au théâtre. Un focus en live, sur un univers encore incompris.
« Mon âge est de 21 hivers, je porte un jean 501, un pull bleu, sur mon poignet droit une gourmette en argent avec le prénom d’Hamel, mon défunt petit frangin, j’habite au 12e étage d’une des tours de la cité, je suis au chômage. »
Grézy et Yaz sont deux jeunes des cités. Vêtus de pulls, jeans et basket, ils racontent leur histoire d’amitié. Yaz travaille sur un livre qui raconterait les histoires de quartier accompagné de Grézy, son ami, du moins ce qui semble être. Boumkoeur est adapté du roman écrit par Rachid Djaïdani, publié en 1999. Le spectacle soulève les problèmes de la cité qui leurs sont généralement collés aux murs : violence, délinquance, pauvreté et met en exergue une réalité souvent mal interprétée. Tout cela, sans démagogie ni morale avec un langage qui passe du poétique à l’argot, du soutenu au familier. Sur une scène composée de murs gris et d’une sorte d’échelle, agrémentée par l’interprétation réussie des comédiens, Boumkoeur évoque tous les éléments qui rappellent une cité : le centre commercial, la « fameuse » cave, les tours, « l’american dream ». On apprécie l’interaction entre les spectateurs et les comédiens (la scène du centre commercial) et certains moments du spectacle qui donnent l’illusion d’un « film théâtralisé » à travers un jeu sans trop d’exagération.
Une volonté d’exister
« J’aime bien la vie en général mais j’aime pas le rap de variétés, qui me parle de bouger de là et qui me dit de balancer les bras en l’air parce que ma vie est funky. Je suis un requin assassin grâce à la morsure de mon phrasé »
Parce que marre de l’exclusion et de l’ignorance, des jeunes se construisent eux mêmes à défaut d’une « main » (l’État, les parents, les structures, etc…) qui puisse les aider à se construire. A la recherche d’une existence, d’une certaine position dans la société, s’effectue une mise en place de code vestimentaire, d’un langage particulier, de la notion de territoire. Entre rêve et espoir, tous les moyens sont bons pour exister. Grézy se prête à une forme de violence, Yaz a recours à l’écriture. Il utilise le pouvoir des mots pour témoigner d’une existence que l’on a tendance à oublier. Encore une représentation négative des cités qui ressemblent à des lieux dans lesquels on enferme des personnes qui ont en envie de s’en sortir et qui décident de devenir ce qu’ils ne voulaient pas être. Une image de « prison » à ciel ouvert, accentuée par les médias via les clichés et stéréotypes. Boumkoeur sert aussi de rappel pour souligner que certains coupables sont aussi des victimes de la société.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Boumkoeur (site web)Boumkoeur
adapté du roman de Rachid Djaïdani
Mise en scène : Habib Naghmouchin
Avec Tony Mpoudja et Salim Kechiouche
du 5 au 18 février
du mardi au vendredi à 21 h et le samedi à 17h
Maison des metallos
94, rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11ème
Réservations : 01 47 00 25 20
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