De derrière un voilage, apparait une canne, puis s’élève une voix, autoritaire et acariâtre. De la salle, s’avance une jeune femme, vive et curieuse. La confrontation entre les deux femmes, ne tarde pas. Elle sera explosive.

L’aventurière, est rentrée au port. La marcheuse infatigable, contrainte et forcée par l’âge, a posé ses valises dans le sud de la France. Féministe dès 1910, la journaliste, ethnologue, traductrice, …, amoureuse des voyages et des découvertes, première occidentale à être rentrée dans Lhassa au Tibet, est désormais seule et handicapée. Marie-Madeleine, jeune femme qui a soif d’apprendre, va être une « présence », une bonne, une secrétaire, une bibliothécaire, un punching-ball, souvent, une fille, parfois, mais surtout, un compagnon de voyage…en chambre.

Si les jambes de la bouddhiste sont à bout de course, si son esprit bat la campagne indienne, sa mémoire est intacte. Chaque jour, elle embarque, sa compagne épuisée, dans ses courses lointaines. Elle réinvente entre sa chaise longue, son bureau et ses souvenirs entassés, sa vie passée. Elle revoit son parcours incroyable de femme moderne née au XIX e siècle, de sa carrière de cantatrice à son mariage en passant par les nuits glaciales de l’Himalaya, l’évocation de son fils disparu ou la description du yack.

Les voyages immobiles
Hélène Vincent, comédienne et metteur en scène de théâtre reconnu, popularisée par son rôle dans « La vie est un long fleuve tranquille », compose Alexandra David-Néel, centenaire. Dans ses yeux vit la passion intacte et vibrante de l’écrivain. Dans ses répliques cinglantes, explose son caractère irascible et exigeant plus vrai que nature, et un amour de la liberté inébranlable qu’une « Tatie Danielle » n’aurait pas renié. Car de la confrontation des deux femmes, l’auteur Michel Lengliney fait naître l’humour et l’affection. Son écriture est belle et sensible. La jeune Emilie Dequenne, (prix d’interprétation à Cannes pour Rosetta) offre à son personnage de« souffre-douleur » de « la femme aux semelles de vent », sa fougue, son engagement et sa justesse. Elle est pour sa partenaire plus qu’un faire-valoir, une vraie réplique. La comédienne belge confirme sa présence scénique avec cette pièce contemporaine à la mise en scène sobre de Didier Long, après avoir incarné en 2008 Mademoiselle Julie, dans une mise en scène également de Didier Long). Si la pièce présente quelques longueurs, c’est l’une des bonnes surprises de la rentrée.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Alexandra David-Néel, Mon Tibet… (site web)
De Michel Lengliney
Mise en scène Didier Long
Avec Hélène Vincent et Emilie Dequenne
Du mardi au samedi, 21h ; dimanche, 15h
Petit Montparnasse 31 rue de la Gaité, Paris 14e
Réservations : 01 43 22 77 74
[/slider]