Manhattan Medea

Manhattan Medea

Médée en Amérique

Au cœur de New York, sur la 5ème avenue, Médée attend devant une porte Jason, son amour passionné, qui est parti convoler avec la fille d’un riche fabricant. Rien ne peut mettre en sourdine son amour. Médée devra dérouler une histoire dont elle se sent prisonnière, elle, l’exclue, la sans papier. Telle l’Antigone d’Anouilh qui ne peut échapper à son Destin, elle doit accomplir sur une longue route semée de doutes et de Passion une destinée marquée au sang rouge.

© Élisabeth Carecchio

Un amour bousculant les dollars
La pièce de Léa Doher, auteure reconnue de langue allemande, met en situation l’Amour dans une ville bousculée par l’argent et les rapports sociaux. Comment Médée peut rester fidèle à Jason, parti convoler sous d’autres cieux pour sortir de sa condition ? Le mythe de Médée transparait à chaque réplique. Léa Doher n’en a pas fait une retranscription fidèle. Elle en a redéfini le contexte social, les liens unissant les personnages, redessiné Médée. Ici, elle est une sans papier.

Le choix de la metteure en scène, Sophie Loucachevsky, de faire jouer par Marcus Borja, les personnages de Vélasquez et Deaf Daisy et par Christophe Odent, les personnages de Jason et Sweatshop-Boss le montre. Médée, jouée par Anne Benoit, est un personnage entier et central à cette pièce. Elle reste sur scène tout du long, scandant les entrées et sorties des autres personnages et insufflant le LA des émotions. Dans un rapport au texte où la comédienne déploie un jeu tout en subtilité, elle réussit à faire épouser la passion avec la raison. Marcus Borja et Christophe Odent plantent très habilement leurs personnages. Rien ne vient briser un jeu à la frontière de la force et de la finesse.

Le spectacle se décompose en deux plans. L’un technique, par le biais d’un grand écran et de téléviseurs, l’autre par un jeu de lumières et de fumigènes donnant une atmosphère de bas-fond. Ces deux aspects donnent à la pièce un décalage entre une vision nette et tranchée des personnages dans une atmosphère de flou et d’étrangeté.

Le corps de Médée est lui aussi scindé en deux plans. L’un réel joué sur scène, l’autre projeté sur écran. Ces deux visions d’un même corps donnent au jeu un perpétuel décalage entre une réalité et sa projection. Comme l’amour de Médée et celui projeté par Jason. Seule la voix garde sa tessiture naturelle. Elle devient le témoin privilégié de ce qui se vit sur scène et de ce qui est vécu intérieurement. Il suffit de fermer les yeux pour sentir l’errance des personnages. Les comédiens déploient toute une gamme d’émotions faisant de la voix l’étendard de leur souffrance.

Toute une symbolique du geste est aussi au rendez-vous. Ici, Médée supplie Jason telle une femme dominée par la situation. Cette scène est projetée à l’écran et on découvre, seule, une Médée agissante, presque dominatrice. Un jeu dans lequel la scène semble être l’aspect extérieur de Médée et l’écran son intimité.

Le tempo de la pièce est fluide, parfois lent mais toujours dans une même continuité collant avec l’atmosphère intime de la pièce. Quelques cassures de rythme viennent bousculer le jeu accompagné par moment de chant et de musique.

Derrière Manhattan Médéa, il y a Euripide, Sénèque, Anouilh avec tous les exilés de la terre et les sans papiers. Mais là, elle rejoint le camp de la modernité, de celles qui ont dans leur âme enfoui le secret de leur souffrance. Une souffrance sociale et physique. Un conte moderne où le taudis fait office de château.

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Manhattan Medea (site web)
Pièce de Lea Doher
Traduction de l’allemand Olivier Balagna et Laurent Mulheisen
Avec Anne Benoit, Marcus Borja, Christophe Odent, Elimane Sylla
Mise en scène : Sophie Loucachevsky
Assistant mise en scène : Sébastien Chassagne
Collaborateur artistique : André Antébi
Scénographie : Jean-Pierre Guillard
Costumes : Christine Brottes
Vidéo : Fred Koening
Lumière : Nathalie Perrier
Musique : Marcuse Borja
Son : Sylvère Caton
Maquillage, coiffure : Catherine Saint-Sever

Jusqu’au 20 février
Du mercredi au samedi à 21h, le mardi à 19h et le dimanche à 16h

La Colline –théâtre national
15 rue Malte-Brun
75020 Paris
Réservations : 01 44 62 52 52

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