Interdite par les autorités soviétiques avant même d’être jouée, la pièce d’Evguéni Schwartz, écrite en 1934, dessine le portrait d’un roi tyrannique dont le pouvoir engendre une comédie où tous sont bouffons, enfermés dans leur asservissement. A partir de trois contes d’Andersen, Le Porcher amoureux, La Princesse aux petits pois et Les Habits neufs de l’empereur, l’auteur tisse une fable aux contours fantastiques autour de laquelle le metteur en scène, Philippe Awat, échafaude un univers riche de conventions.
Une princesse avide d’une vie légère tombe sous le charme du porcher Henri. Un amour passionné les lie immédiatement et procure au roi son père un radical refus. Henri n’étant pas de son rang, le Roi congédie les suivantes étourdies et donne la main de sa fille à un Roi voisin. Quant au jeune premier, il ne périt pas de cette union contrariée et, pour sauver sa douce, s’introduira avec son fidèle ami au plus près du Roi. La ruse fine des deux porchers dénouera les ficelles luxuriantes du capricieux monarque. Ne restera à ce dernier que l’humilité comme cache-sexe.
Conte politique
Le texte d’Evguéni Schwartz ne cherche pas à dissimuler son opinion derrière les procédés du conte. L’univers proposé dénonce clairement le pouvoir politique alors en place. Celui-ci se trouve ridiculisé sous les fards des personnages burlesques. Les marches altières des souverains sont accentuées à travers les choix scéniques. Rois et princesse apparaissent du haut d’un grand escalier blanc. Ils occupent un espace qui joue sur les hauteurs et les apparitions. Ces effets retentissent avec les entrées et sorties des comédiens qui, ensuite, rebondissent sur les accumulations verbales.
Chacun tend à devenir une caricature des personnages habituels du conte en jouant souvent sur les conventions. Nous rions de clowns qui utilisent des codes modernes et dont le jeu s’installe dans la surabondance. La mise en scène semble pousser à l’extrême des situations déjà grand-guignolesques dans la pièce. Cette constante surenchère annule parfois le rire, même si les comédiens animent justement ces rôles. L’adhésion du public découle de leur énergie profondément spectaculaire. La représentation propose une lecture, dont les bouffons sont les seuls guides, assumée par un vrai travail de groupe. Monter « Le Roi nu », une pièce avant tout politique, doit, semble-t-il, répondre à un pourquoi…Pourquoi entendre cette pièce aujourd’hui? La farce offre le moyen de s’interroger sur le pouvoir en place mais cette représentation paraît reposer essentiellement sur les jeux de scène. Le rire de résistance voisine de près celui de l’oubli. Il faut prendre soin de ne pas perdre ce qui est dit dans les échos d’un rire commun. Ce soir-là, les rires étaient honnêtes et les comédiens habiles provocateurs des soubresauts collectifs.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Le Roi nu (site web)
De Evguéni Schwart
Mise en scène : Philippe Awat
Avec Eddie Chignara, François Frapier, Bruno Paviot, Francis Ressort, Mikaël Chirinian, Pascale Oudot, Anne Buffet, Dominique Langlais, Magali Pouget, Guido Reyna
Du 20 janvier au 14 février 2010
Mardi, mercredi, vendredi et samedi à 20h30.
Jeudi 19h30, dimanche 16h.
Au Théâtre de la Tempête
Cartoucherie – Route du Champ de Manœuvre, 75012 Paris
Réservations : 01 43 28 36 36
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j ai pas aimai sa se fais pas maim un homme il le fais pas a sa famme aoudou bie alla