Les arcanes de la tolérance
Catherine Anne a choisi d’aborder le thème de la religion à travers le prisme d’une famille où chaque membre vit et ressent les effets et les attentes religieuses de différentes manières. C’est une œuvre forte qui traduit les interrogations de notre temps sur la finalité religieuse et sur son instrumentalisation. L’auteur décrit avec finesse le cheminement sur trois époques de ces vies qui flirtent avec la religion catholique. Certains s’y piquent, d’autres l’épousent. En choisissant le titre de cette œuvre, l’auteur semble interpeller les lieux communs de la félicité éternelle telle qu’elle est décrite dans les Saintes Écritures. Plus qu’une interrogation sur ce sujet, Catherine Anne nous conduit dans les arcanes de la tolérance ou l’exaltation peut conduire à embrasser l’intégrisme. Cette limite, franchit par certains, donne libre cours à l’instrumentalisation de la religion.
Une fable philosophique
Le thème de la tolérance est abordé de façon complète dans cette fable à trois temps. Les personnages campés par Catherine Anne ont une force qui témoigne de leur vision de la religion. Le père de cette famille est un musulman athée et la mère catholique est peu pratiquante. Elle décide, à l’occasion du décès de son père de demander au curé de la paroisse un office pour saluer la mémoire du défunt. Selim, leur fils, en rébellion avec le reste de la famille va soutenir sa mère dans cette entreprise et se découvrira une vocation religieuse en se convertissant à la religion catholique. Lucie la fille, athée, dénonce les méfaits de la religion à travers une biographie historique. La publication de son œuvre (appelée étrangement « Tolérance ») sera le catalyseur qui détruira sa famille. En effet Sélim dénoncera les écrits « blasphématoires » de sa sœur et alimentera le fonds de commerce d’extrémistes. Ne supportant pas les exactions dont sa sœur est la victime, pris entre sa pureté religieuse et cet extrémisme, il trouve son salut dans la mort. Cette ironie du sort pose à elle seule la négation même de l’esprit chrétien.
Son père accusé à tort de la mort de son fils ne bénéficie pas du soutien du curé de la paroisse, trop attaché à nier une évidence propre à ébranler les fondements même de la religion catholique. Cette distorsion de la vérité apparaît comme le vieux concept de survie et de cynisme de toute religion attachée à sa pérennité.
Au sortir de cette lecture, on comprend d’autant plus toute l’ironie qui se dégage du titre de cette pièce de théâtre.
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