Le bel indifférent? Daté. Cocteau? Surestimé. Le propos de la pièce? Une injure au féminisme. La mise en scène? Sans idées. Tel semble être, en poussant à peine, l’opinion d’une partie de la presse si l’on s’en réfère à certains articles dont le spectacle a déjà fait l’objet. Pas très engageant? Voire…
Scène de ménage à sens unique entre une chanteuse réaliste sur le retour, et celui dont elle est éprise, une sorte de butor mutique, déclaré loufiat, abonné à paris turf, Le bel indifférent donne à voir et à entendre une heure durant, la complainte, ponctuée d’intermèdes musicaux de circonstance puisque piochés dans le répertoire de Piaf, d’une femme trompée, usée et délaissée et qui par passion amoureuse doublée d’une crainte souterraine de la solitude accepte tout de son compagnon, néanmoins tortionnaire, y compris son indifférence pleine et entière, pourvu qu’il ne se décide pas à l’abandonner.
« Je t’aime et ça, c’est ta force! »
Portée par une interprétation de Catherine Berriane de grande qualité (à ce détail près que bien que le personnage masculin soit sur scène en chair et en os durant la quasi totalité de la représentation, on n’a pas toujours la sensation qu’elle s’adresse véritablement à lui, mais serait-ce intentionnel?), le spectacle exprime assez clairement que la passion amoureuse peut, lorsqu’elle se heurte à un mur d’indifférence, pousser l’individu jusqu’à la négation pure et simple de son être.
Et comme pour approfondir le thème principal de la pièce, la représentation s’achève par un autre texte très bref, à l’argot poétique, autre complainte, mais ce pourrait être la même femme quelques années plus tard, de Jehan-Rictus, intitulé La Charlotte et qui propose au public l’image d’une déchéance plus grande encore, puisqu’il s’agit de celle d’une pauvresse que le froid et la faim emportent un soir de réveillon. Ainsi les éconduits, les ignorés, les coeurs qui saignent devraient se précipiter voir ce spectacle puisqu’il décrit successivement et par le menu le mal qui les frappe et apporte ensuite par la comparaison le remède à leurs maux. On meurt de faim plus sûrement que de chagrin.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Le Bel Indifférent (site web)
De Jean Cocteau
Mise en scène de Daniel Mesguich
Avec Catherine Berriane et Florent Ferrier
Jusqu’au 6 mars
Du mardi à samedi à 20h30
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris
Réservation: 01 42 22 26 50
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