Une divine diva

Une divine diva

Virginie Lemoine, comédienne au théâtre, actrice à la télévision avec « Famille d’accueil », humoriste en duo avec Laurent Gerra, one-woman-show dans « Virginie ne fait pas Lemoine », chroniqueuse dans la bande à Ruquier « On va s’gêner », elle a investi les différents segments du spectacle vivant. Nous l’avons rencontré à l’occasion de sa dernière pièce qu’elle a écrite et mise en scène « Une diva à Sarcelles ».

Virginie Lemoine, vous avez un parcours à différentes facettes. Vous retournez à l’écriture avec « Une Diva à Sarcelles », a-t-on la même liberté au théâtre, à la radio, au cinéma ou à la télévision ?
« Cela ne dépend pas du public, cela dépend des personnes avec qui vous travaillez. »

C’est une pièce à plusieurs entrées. Brigitte Faure incarne une Diva endettée quelque peu délurée et en détresse, quels thèmes avez-vous voulu traiter dans cette pièce ?
« C’est la douleur de quelqu’un qui est exclu du monde. Bien sûr, cela engendre plusieurs choses, c’est d’abord quelqu’un qui n’a pas renoncé à ses rêves, elle ne peut pas renoncer à ses rêves. J’ai l’impression que quand on va au bout de ses rêves et qu’on s’exclut du monde, on s’écrase contre un mur et il n‘y a personne. Moi-même, si je vois quelqu’un s’écraser contre un mur, je ne vais pas le ramasser. Je ne comprends pas la marche du monde. C’est peut-être cette énergie-là qui nous amène vers je ne sais pas trop quoi ni où. Cette femme elle est exclue de ce monde. J’ai voulu faire un acte citoyen. C’est terrible cette femme qui ne veut pas renoncer à sa passion. Parallèlement, René Larceneur (autre personnage dans « Une diva à sarcelles ») est sculpteur. Il est très difficile de vivre dans ce monde surtout quand on y est au dehors. Pour M. Larceneur, cela est tout aussi difficile. »

LEMOINE_VirginieVous êtes l’auteure et metteure en scène de ce spectacle. A partir de quel moment, la pièce, vous avez senti qu’elle ne vous appartenait plus ?
« J’attends plus qu’une chose, c’est qu’elle ne m’appartienne plus du tout. Je veux surtout qu’elle ne m’appartienne plus. Je veux que ce soit le spectacle du public, je suis malheureuse quand ce n’est pas vraiment leur spectacle. »

On avait plus l’habitude de vous voir sur scène, face à un public. Avez-vous la volonté de passer de plus en plus de l’autre côté de la scène?
« J’avoue que j’adore mettre en scène et donc là, je suis très heureuse. Je prends beaucoup de plaisir à mettre les gens en valeur. En plus ce sont des gens de très grand talent. J’ai beaucoup de plaisir à ne pas être sur scène. C’est un grand bonheur de le faire. Je ne suis pas habitée à être en pleine lumière sur scène. »

Brigitte Faure incarne de façon remarquable cette diva, comment s’est passée votre rencontre avec la comédienne ?
« C’était dans une toute petite salle à Montmartre. Je les ai vus sur scène avec Michel Tavernier (comédien incarnant René Larceneur) et j’ai beaucoup aimé. Et cela faisait longtemps que je pensais à une pièce de ce type. Je l’ai fait pour Brigitte et pour Michel. J’avais vu aussi Brigitte Faure dans un cours de chant où elle était accompagnée d’un accordéoniste. »

Comment avez-vous travaillé avec elle pour la partie chant et Opéra ?
« Je voulais juste qu’elle soit une soprano et je lui ai juste dit ce que je souhaitais qu’elle chante. »

M. Larceneur est un sculpteur, on a une Soprano qui est criblée de dettes, Le thème de l’intermittence ne vous a jamais traversé l’esprit ?
« Non pas de l’intermittence mais de gens qui ne peuvent pas s’exprimer. Le monde est très très cruel pour les gens différents. »

Aujourd’hui, certains reprochent aux humoristes d’être moins engagés politiquement, d’être moins partie prenante aux problèmes de notre société, quel est votre point de vue ?
« J’ai observé cela. Il y a des cas où la liberté de parole a énormément évolué. Il y a des cas où j’ai effectivement l’impression qu’on régresse et je n’arrive pas à me faire une idée générique de ce qui se passe en ce moment et de la liberté de ton que l’on a. J’ai beaucoup de mal à gérer cela. Il y a des choses qui choquaient et qui ne choque plus aujourd’hui. J’avais fait quelque chose sur le chômage et cela avait choqué énormément les gens dans les années 90. Je pense qu’aujourd’hui, cela passerait beaucoup mieux. J’ai énormément de mal. Il faudrait demander à un sociologue une analyse précise. Peut-être que l’humour s’exerce de diverses façons dans divers domaines et c’est très difficile d’avoir une réunion de sens avec ce que c’est aujourd’hui une liberté de parole. Je n’arrive pas à le faire. Je sais que cela m’interpelle mais je n’arrive pas à le faire. »

Quels sont vos projets ?
« J’aimerais bien écrire une version cinématographique de « Une diva à Sarcelles » et en tant qu’auteure écrire une autre pièce. »

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