Un spectacle de rêves

Un spectacle de rêves

Jeune metteur en scène et comédien ayant déjà à son actif plusieurs mises en scène, Igor Mendjisky, pour sa dernière mise en scène, s’est attaqué à « Rêves » de Wajdi Mouawad qui se joue actuellement au théâtre Mouffetard. Nous l’avons rencontré pour qu’il nous parle de son travail et de sa rencontre avec l’auteur.

Pourquoi avoir choisi de mettre en scène « Rêves » ?
« Pour plusieurs raisons. La première est que j’ai travaillé avec Wajdi Mouawad lors de ma dernière année au conservatoire en 2007 avec « Littoral ». Je faisais le personnage de Wilfried. J’avais très envie de redire les mots de Wajdi, une furieuse envie. La deuxième raison est qu’on a créé une compagnie « Les Sans Cou » il y a cinq, six ans et qu’on avait monté deux créations, un Labiche « Le plus heureux des trois » et Hamlet. Là, on avait envie de refaire une création. Du coup cette pièce, c’était comme un coup de pouce voire un coup de pied au cul pour dire qu’il fallait qu’on refasse de la création. C’est une pièce qui raconte tellement à quel point c’est beau de créer. C’est essentiel de faire de la création quand on fait de l’art et du théâtre et cette pièce nous pousse et nous aide à penser qu’on a bien fait de choisir ce métier, qu’on fait bien de continuer et qu’il faut essayer d’écrire ce qui nous sort de la tête, du ventre et des tripes. »

Vous incarnez Willem qui est un auteur face à sa création, à ses personnages. Est-ce la même problématique que celui d’un metteur en scène, le rapport que l’on peut entretenir avec la pièce que l’on monte et les personnages que l’on fait vivre ? Peut-on faire le même parallèle ?
« Il y a un parallèle. Pour faire la mise en scène, ce rôle m’a aidé puisqu’il y a un certain écart. L’auteur/personnage (Willem) écrit et ses personnages arrivent. Quand j’ai répété, il y avait quelqu’un qui m’assistait, qui prenait mes places quand je faisais le dessin du spectacle. Du coup, quand on était aux répétitions, je pouvais me permettre de regarder mes acteurs comme Willem regarde ses personnages. »

Vous êtes à la fois le metteur en scène et un des comédiens dans cette pièce. Quand vous jouez, vous avez l’œil du comédien incarnant un personnage par rapport à ce qui se vit sur scène ou plutôt celui du metteur en scène ?
« J’essaie le plus possible d’être Willem sur le plateau. Après quand Willem écrit, c’est sûr, j’ai l’oreille vraiment attentive à ce qui se passe. Du coup cela ne m’empêche pas de faire des notes à mes acteurs. Et d’ailleurs, ce qui est excitant dans cette pièce et dans ce personnage, c’est que je vois arriver chaque personnage et donc chaque acteur et je peux me dire « Alors lui, qu’est-ce qu’il va faire ce soir ? Comment il va arriver ? ». Il y a ce petit lien entre cet auteur et un metteur en scène car je regarde mes personnages en tant que Willem et aussi mes acteurs en tant que metteur en scène. »

Mouawad donne des pistes dans « Rêves » concernant les personnages avec un Souleiman décliné de différentes façons, est-ce que vous avez apporté une touche personnelle dans les déclinaisons successives que Mouawad donne du personnage Souleiman ?
« La touche personnelle, c’est que ce sont les acteurs qui disent le texte. Après, j’ai essayé d’être vraiment au plus proche de ce qui me bouleverse quand je vais voir ses spectacles, quand la poésie avance et tu ne sais pas comment cela se fait mais cela avance comme une immense vague que tu te prends dans la gueule. J’ai vraiment, sur tous les blocs poétiques de Souleiman, essayé de les diriger avec l’idée que cela « racle le fond » et d’aller chercher l’émotion en profondeur en suivant les vers de Wajdi. Ma touche personnelle est d’avoir choisi Clément Auber qui joue l’homme écroulé et Imer Kutlovci pour jouer l’homme ensanglanté. J’ai choisi des acteurs que je sentais traversés par ce qu’il y avait à dire. »

Par rapport à la mise en scène entre l’auteur et son personnage, comment avez-vous mis en musique Willem, l’auteur, avec ses personnages imaginaires et le rêve qui traverse le spectacle ?
« Je suis allé au plus simple. Comment faire comprendre assez vite au spectateur qu’il y a un auteur dans une chambre qui se met à écrire, que deux personnages, qui sont son Imagination et le Rythme, entrent aussi ? Comment faire au plus simple ? Il y a beaucoup de gens qui m’inspirent dans le théâtre. Mouchkine a dit une chose très belle. C’est que le spectateur, il n’a pas 15 ans, il n’a pas 12 ans, mais il a 5 ans et donc il faut essayer de lui faire comprendre comme un enfant de 5 ans ce qu’on va lui raconter. Je me suis donc dit qu’il fallait raconter ce spectacle qui a un début un peu fantastique comme un dessin animé. Je ne pense pas qu’il faut se dire que le spectateur a 5 ans mais que c’est aussi un adulte surtout pour cette pièce. On vient le chercher par la main comme un enfant pour lui dire comment ce texte-là peut exploser dans la tête.Wajdi Mouawad vient te prendre la main en disant « Je peux te parler de façon contemporaine, tu peux comprendre ce que je te dis là, c’est contemporain et regarde là, je te mets de la poésie ». »

Le personnage incarnant l’imagination joue avec le public. Au niveau de la mise en scène, quelle idée aviez-vous ?
« C’est un peu brechtien ce que je vais dire mais c’est dire que l’on sait que l’on fait du théâtre, qu’on est dans une salle de théâtre et que l’on ne joue pas avec un quatrième mur. Le personnage incarnant l’Imagination de Willem vient de la salle et si quelqu’un dans la salle tousse par exemple, il le fait remarquer. C’est rappelé aux spectateurs, que l’on est avec eux et qu’ils sont avec nous. C’est une chose que j’adore, c’est de dire « Vous voyez on va vous faire croire à une histoire, on va vous jouer une histoire, on va être des personnages mais dans tous les cas, on sait que c’est une histoire ». La pièce parle de personnages, d’imagination et la façon dont Arthur Ribo (comédien incarnant l’Imagination) arrive à parler aux spectateurs, je trouve que c’est essentiel. Aujourd’hui, dans certains spectacles, on a l’impression d’avoir un quatrième, cinquième, sixième mur et tu te dis « Est-ce qu’ils ont conscience que l’on est là ? ». L’important est d’être le feu autour duquel les spectateurs vont essayer de se réchauffer l’âme et les mains. Il y a parfois dans notre spectacle un quatrième mur mais en tout cas, je crois que c’est important de rendre le spectateur actif. »

Quels sont vos projets ?
« On essaie de faire venir du monde pour faire une tournée avec cette pièce. J’essaie de faire venir des gens qui pourraient nous faire jouer dans des petites salles de CDN (Centre Dramatique National). Mais c’est très compliqué de les faire venir mais j’ose espérer qu’on va y arriver. Ensuite, à partir de mi février, je monte un spectacle au ciné 13 théâtre qui s’appelle « masques et nez ». C’est un spectacle masqué de Commedia dell’arte au trois quart improvisé. La pièce se passe dans un cours de théâtre amateur et les personnages masqués jouent des comédiens amateurs. Je fais le prof dans la salle. J’ai envie de faire la mise en scène mais j’ai aussi envie de jouer. »

La critique de Rêves sur Théâtrorama

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