Un an après son mariage avec Henri de Chavigny, Mathilde prend conscience de l’infidélité de son mari. C’est en voulant lui faire cadeau d’une bourse rouge que Mathilde apprend que son mari a eu de la part d’une demoiselle une bourse bleue en cadeau. Aidée de son ami Ernestine, cette dernière se joue du mari de Mathilde pour qu’il soit quitte d’un bon sermon.
Musset moderne
Dans une histoire où les propos libertins font les joues roses à certaines répliques, le metteur en scène, Dominique Robin, a opté pour une mise en scène où le libertinage est mis sous tutelle, comme tenue par les convenances. Ainsi, certaines scènes, pouvant être beaucoup plus marquées par un jeu « libertin », deviennent légères. Cette disposition d’esprit qui se targue de manières donne un jeu comique à la pièce. Ici on effleure, là on touche, plus loin on regarde lubriquement.
La mise en scène fait la part belle au texte sans que les comédiens ne se laissent envahir par celui-ci. Le texte, bien que la beauté du vers soit très marquée, n’ampute pas le jeu d’un naturel certain. Le langage semble couler de lui-même avec une mise en espace simple et direct.
Trois comédiens nous font face, tranchant les uns avec les autres. Comme les trois visages d’un même visage de l’amour, celui de la timidité romantique d’une jeune épouse face à celui d’un mari libertin joué d’une femme ayant pour seul objectif de le séduire pour lui donner une leçon.
Laurent Schteiner, dans le rôle du comte Henry de Chavigny, plante un jeu avec une aisance verbale et corporelle marquée. Son jeu est tiré par un libertinage corseté sur des assises sociales. C’est un personnage de « l’entre-deux », comme entre deux eaux poussé par le vice du libertinage mais tenu en respect par les conventions sociales. Lise Dugast, dans le rôle de Mathilde de Chavigny, a un jeu un peu timoré à la première scène mais gagne en force par la suite avec une réelle émotion dans le jeu. Emilie Pierson, dans le rôle d’Ernestine de Léry, campe un personnage très présent, avec une voix et un rire haut perché, en décalage scénique avec celui de Lise Dugast. Les personnages sont antinomiques les uns des autres donnant une variété de ton et de couleurs aux scènes. Les répliques « classiques » de Musset glissent avec facilité chez chacun des comédiens. La diction et le jeu n’est pas rebuté par le beau style de Musset.
Le classique cohabite avec l’humour et la légèreté. La force de cette pièce est que la mise en scène a poussé cette pièce dans un comique léger et soutenu déclinant le jeu amoureux dans un registre en décalage avec le texte.
INFORMATIONS & DETAILS»
Un caprice (site web)
D’Alfred de Musset
De la Compagnie du diable rouge
Mise en scène de Dominique Robin
Avec Lise Dugast, Emilie Pierson, Laurent Schteiner
Conception graphique Aude Crouzatier
Théâtre de Nesle
8, rue de Nesle
75006 Paris
Jusqu’au 12 janvier 2010 tous les mardis à 19h30.
Réservations : 01 46 34 61 04
Ce caprice, revisité dans une mise en scène résoluement moderne, mais respectant à la virgule le texte très beau de Musset, est un plaisir. Les 3 comédiens se délectent et s’amusent. Mon coup de coeur va en particulier à Mathilde, toute en douceur et en émotions. Monsieur Chavigny est superbe, méchant, libertin, et au final attendrissant.
Bravo au Nesle de nous permettre de voir ce très beau spectacle ; bravo aussi pour la mise en scène qui n’est pas lourde, mais gaie et pétillante, comme la pièce, et qui laisse la part belle aux comédiens et au texte.