18 novembre 1659. La première « des précieuses ridicules » est donnée au théâtre du Petit Bourbon à Paris. A la ville comme à la cour, c’est un vrai succès. Les siècles passent. L’air du 21ème a sonné. Nous voici en Novembre 2009. Théâtre de l’Essaïon à Paris toujours. La pièce est rejouée et le succès n’a pas bougé. Toujours frappé d’étonnement lorsqu’on la relit où la rejoue, Le texte est cruel, touchant, tragique. Toujours ce regard si juste, sur les conditions et la bêtise humaines. Molière est un grand homme.

Magdelon et Cathos, deux jeunes provinciales, arrivent à Paris en quête d’amour et de jeux d’esprit. Gorgibus, père de Magdelon et oncle de Cathos, décide de les marier à deux prétendants, La Grange et Du Croisy, mais ces dernières les ridiculiseront de telle façon que ceux-ci voudront se venger de ces « précieuses ». Entre alors en scène un jeune homme, Mascarille, se prétendant homme du monde fréquentant les meilleurs cercles, qui tombera amoureux de Magdelon. Vient ensuite un second homme, Jodelet, dont Cathos s’amourachera. On découvre ensuite que ces deux hommes sont des imposteurs, soit les valets des deux premiers hommes rejetés. Les précieuses sont tombées dans le piège et ont donc montré le ridicule de leur vanité…

Crédit photo Sabine Le Nechet

Crédit photo Sabine Le Nechet

L’âme de Molière rôde…
On pourrait penser qu’un énième Molière pourrait lasser. Mais non pas du tout. On se laisse prendre assez facilement grâce au jeu efficace des comédiens. La salle est pleine et les rires fusent. Dans l’adaptation de Sylvain Ledda, le metteur en scène, il y a un ton juste. Sans doute parce qu’il a pris le recul nécessaire pour ne pas partir immédiatement sur le jugement des personnages, ce serait trop facile. Il ne condamne ni les femmes ni les hommes de cette farce cruelle, il laisse le spectateur juger avec ses propres sentiments. Garder le rire acerbe pour cacher les mœurs de cette société ridicule qui se veut mondaine, est un bon savoir-faire tel que l’aimait sans aucun doute le grand Maître. Sylvain Ledda reste fidèle à l’esprit de Molière en choisissant une mise en scène sobre et intelligente, et on se retrouverait presque à la cour si l’on poussait un peu l’imagination du spectateur…

Rien n’aurait pût fonctionné aussi bien, sans cette troupe de comédiens tous de bons niveaux. Florence Cabaret campe une Magdelon parfaite, sachant moduler sa voix entre le rire et la stupidité, et c’est une excellence dans le théâtre classique. Sa partenaire Séverine Cojannot joue elle Cathos et trouve très justement sa place, face à un autre personnage qui pourrait facilement prendre le dessus. Les rôles des hommes sont énergiques, drôles (sauf peut-être le père qui ne semble pas tout à fait à sa place dans ce rôle) interprétants tour à tour des individus mesquins, mondains ou homme du peuple. C’est donc un bon moment à passer. Un théâtre classique fait pour tous les publics, ou l’on ne s’ennui pas. Monsieur Jean Baptiste Poquelin est toujours dans l’air du temps…

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Les précieuses ridicules (site web)Les précieuses ridicules
De Molière
Mise en scène : Sylvain LEDDA
Avec la Compagnie PARTAGE
créé par Florence CABARET et Séverine COJANNOT
Jusqu’au 3 janvier 2010
Les vendredis et samedis à 20h

Théâtre Essaïon
6 rue Pierre au lard – 75004 PARIS
Réservations : 01 42 78 46 42[/slider]