Recluses dans la maison familiale, deux fillettes jouent à l’ombre du regard moralisateur de leurs parents. Mais le Loup rode, il a faim et lui aussi a envie de s’amuser.
Une maison perdue au milieu de la forêt, d’où retentissent les rires coquins de Delphine et Marinette, s’offre aux regards inquisiteurs du Loup. Les babines humides, la truffe frémissante et la queue en panache, le Loup rode et tente de pénétrer l’espace interdit aux étrangers. Certes, le Loup a mangé un agneau, le petit chaperon rouge et sa grand-mère, s’est cassé les dents sur la maison du troisième petit cochon, il guette ses nouvelles proies aux abords de la maison des deux fillettes, mais la magie du conte opère et le Loup devient bon lorsqu’il rencontre Delphine et Marinette. Dans le plus grand secret, il joue, s’amuse et rie avec les deux enfants qui, heureuses de partager une complicité si singulière, lui propose de jouer au Loup.
Le Loup attrapé par la queue
Marcel Aymé avait l’art de se mettre à dos les cercles politiquement corrects y compris l’Éducation nationale dans son ensemble puisqu’on ne l’étudie plus au collège, ou au lycée à l’exception de « Les Contes du chat perché » en cycle primaire. Véronique Vella a fait de ce conte, « Le Loup », une pièce délicieuse « tout public » dont le texte d’origine n’est en rien altéré. Les parties narratives du conte, interprétées par les comédiens, constituent une vaste didascalie et livrent de nombreuses informations qui permettent aux acteurs d’aborder le texte dans sa profondeur, sans pour autant montrer ou faire ce qui est dit. Les parties dialoguées en sont d’autant plus savoureuses qu’elles se situent au plus près de la sensibilité des personnages.
Une composition envisagée comme une partition musicale qui alterne l’interprétation et le chant, donnant du rythme, de la tonicité et de l’espièglerie à la mise en scène. Des tic-tac d’horloge, des meubles qui grincent, des bois qui craquent créent l’univers sonore de l’intérieur, lorsque à l’extérieur retentissent les sons de la forêt qui finissent par pénétrer, accompagnés du Loup, dans l’espace clos et interdit des jeunes filles. La dimension oppressante de tous les objets quotidiens de la maison volent en éclat lorsque le Loup est accepté dans l’aire de jeu des enfants. Un loup au grand cœur, bon et joueur, lorsque son appétit dévorant est mis en veilleuse au profit d’une aventure humaine très enrichissante.
S’ouvrir aux autres, se risquer à partager des moments de complicité avec ce qui demeure inconnu, est une belle morale que Véronique Vella fait sienne dans un décor sylvestre d’exception réalisé par Eric Ruf qui possède l’art de traiter l’univers végétal avec une remarquable magie. Une maison de bois aux volets et percées closes, s’ouvrent à la nature d’une poésie saisissante, lorsque le Loup y pénètre. Des bourrasques de neiges, une lumière changeante qui permet de passer d’une ambiance inquiétante à une polychromie des matériaux, accompagnent l’intrusion du Loup dans la maison des fillettes. Des parents rustres (Sylvia Bergé et Jérôme Pouly) qui pensant bien faire, sermonnent leurs petites filles à propos du Loup. Delphine (Florence Viala) tout simplement exquise et au regard espiègle, joue de cette forte complicité avec sa sœur Marinette (Elsa Lepoivre), pour faire entrer le Loup dans la maison. Un Loup plein de charme, tendre et attachant, s’attire les faveurs des deux enfants avec lesquels il joue avec sincérité. Michel Vuillermoz, à la fois fragile et menaçant, incarne tous les loups que la littérature a pu enfanter, avec une justesse étonnante et une puissance érotique à peine perceptible. Il donne ses lettres de noblesse à un personnage dont on n’a pas fini de parler.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Le Loup – Les Contes du chat perché(site web)
De Marcel Aymé
Mise en scène de Véronique Vella
Décor Eric Ruf
Lumières Arnaud Jung
Costumes Virginie Merlin
Réalisation sonore Jean-Luc Ristord
Avec Sylvia Bergé, Florence Viala, Jérôme Pouly, Michel Vuillermoz, Elsa Lepoivre
Du 26 novembre 2009 au 17 janvier 2010
Studio Théâtre
Galerie du Carrousel du Louvre
99 rue de Rivoli, 75001 Paris
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