Un corps s’exhibe pour s’abandonner à la réalité de ses fonctions. Une chatte vendue à prix bas, prend la parole pour vomir les putasseries de la rue.

Abandonnée rue de la Clôture, le 22 novembre 1999, le corps d’une jeune fille de l’Est est retrouvé par un employé de la déchetterie proche de là. Lacéré de coups de couteaux, souillé par des pertes séminales abondantes, le corps de LB25 repose sur une sépulture fleurie de préservatifs usagés, dans un lieu exhalant les odeurs pestilentielles de l’urine. Un lieu de mémoire peu glorieux pour la jeune prostituée, victime comme ces autres filles, de l’abattage de la rue. LB25, un nom de dossier parmi tant d’autres, obtient tout de même d’être nommée Ginka depuis l’été 2000, symbole de toutes ces filles en danger, puis d’être appelée par son vrai nom, Ginka Trifonova, fille de l’Est, victime d’une prostitution forcée.

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Crédit photo François Chanussot

Une voix pour toutes
Inspiré des écrits de Grisélidis Real et de Nelly Arcan, toutes deux prostituées et écrivains, l’âpreté des mots se mêle au corps de Ginka, mille fois parcourus par ces chibres conquérants. Vaste champ de bataille sur lequel opèrent les queues du monde entier, le vagin de Ginka contient un génocide mondial légitimé par la quête du plaisir furtif de l’homme en proie à ses fantasmes les moins avouables. Sa chatte est à disposition pour 300 francs. Assise, debout ou allongée, elle rêve à la maison qu’elle pourrait s’acheter pour y vivre paisiblement. Son discours est franc, sincère et sans détours, il ne s’agit pas de pratiquer la complaisance pour s’évoquer, nue devant un public curieux. Ginka convoque la chair pour dire, avec les mots de Grisélidis et Nelly, l’obscénité nauséabonde de sa condition. Les situations s’enchaînent avec une dimension fortement littéraire, qui n’est pas sans rappeler les écrits de Grisélidis Real et Nelly Arcan, pour mieux exhiber les organes génitaux soumis au mercantilisme de la rue.

En string rouge, talons hauts et perruques blondes, Valérie Brancq se donne entièrement à son personnage de pute. Exhibant son outil de travail afin de faire résonner les mots, à quatre pattes sur un tabouret, elle reproduit les différentes positions auxquelles ses clients la soumettent. Elle exprime son dégoût, sa révolte et sa tendresse à propos d’un métier qu’aucun père de famille ne souhaiterait à sa fille, qui deviendra pourtant une pute, au lit ou sur le trottoir. Elle expulse une salive souillée par le foutre, afin de libérer un corps asservi aux pulsions animales de la rue. Evoluant dans un espace clos, aux lumières bleutées, sans décors, Valérie Brancq s’approprie avec une aisance déconcertante la difficulté de son rôle. Arrogante, elle prend le public à partie avec une élégance et une poésie touchantes, pour s’évoquer et se montrer sans vulgarité. Elle enchaîne les mots, les situations, les positions, avec toujours plus de vérité, qui s’impose comme une évidence. L’indécence n’est pas le propos pour une mise en scène qui convoque le corps afin d’en faire la caisse de résonance de tous les maux qui le transforment. Une pute, qui n’a plus rien à perdre, même pas son honneur, s’approprie un espace de parole dans lequel tout est permis. Admirable, Valérie Brancq, se transforme dans l’espace clos qui lui est réservé, pour dire et montrer, ce que les autres filles ne peuvent sans doute pas faire. Sa nudité, ses gestes obscènes légitiment un engagement fort et troublant pour restituer la réalité de ces filles que l’on marchandise, pour dire la vérité sur ces corps que l’on réduit à l’humiliation dans le silence obscène du plaisir vénal.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] LB25 (putes) (site web)
D’après « La passe imaginaire » de Grisélidis Real et « Putain » de Nelly Arcan
Mise en scène d’Olivier Tchang-Tchong
Avec Valérie Brancq
Du 11 décembre 2009 au 7 mars 2010
Le vendredi et samedi à 21h15 et le dimanche à 17h15

A la Folie Théâtre
6 rue de la Folie Méricourt
75011 Paris
Réservations : 01 43 55 14 80
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