De retour au pays natal, le voyageur infatigable entre au jardin pour mettre en terre celle qui l’a fait naître.

Voilà bien longtemps que l’homme n’est plus retourné au pays . Sa douleur incompressible, supportée comme un portement de croix, le mène jusqu’à un jardin où un premier gardien l’interpelle. C’est Jésus crucifié qui le sermonne à propos de sa vie, ses nombreux voyages, ses fuites sans doute. Aux portes du jardin, le chemin des retrouvailles semble bien long pour mettre en terre celle qui a vu naître son Ulysse, éternel voyageur. La piété filiale est touchante, mais la douleur au ventre déchirante et les montagnes constituent rapidement le refuge idéal pour échapper à autant d’émotions. La mort offre une vue imprenable sur une topographie bien réelle et vivante, dessinant les abîmes de sa naissance, que l’homme regarde avec candeur. L’heure est venue de se visiter soi-même, poète en devenir, l’enfant retrouve les lieux de mémoire qui l’ont vus grandir. La maison au bord de l’eau ravive des souvenirs salvateurs.

Crédit photo Béatrice Logeais

Crédit photo Béatrice Logeais

Un clair-obscur saisissant
Poète engagé, Claude Guerre porte à la scène un « texte de deuil », comme il se plaît à le nommer. Douleur existentielle, mal être qui porte en germe tout le génie d’une âme sensible et généreuse, ce poème en dit long à propos de la méditation funeste d’une mort entr’aperçue. Ulysse a fait un long voyage au pays des rêves et songe à donner son obole à Charron. 2250 vers de huit et de neuf, des masculins et des féminins, au genre improbable, composent une partition riche d’émotion et de vérité. Dans la salle voûtée de la Maison de la Poésie, le dispositif scénique joue la carte de la sobriété et invite à la méditation. Dans un espace quadrangulaire, le poète vêtu de noir, investit la géométrie de son intimité pour affronter la mort et s’en saisir. Entre ombre et lumière, les mots jaillissent, pleins de vitalité, dans un jardin silencieux du Luberon. Le voyage nocturne s’annonce trépidant et la voix du poète en restitue le rythme haletant, avec ce sens de la rupture qu’il maîtrise si bien. Captivant dès les premiers vers, Claude Guerre, embarque le public dans ce train de nuit de Bordeaux à Nîmes, jouant d’une diction qui s’amuse du rythme déchaîné des rails. Une voix émue et vacillante, porte les fêlures d’un homme mature dont une bonne partie du chemin semble parcourue. Des touches d’humour, rehaussent une composition espiègle pour mieux se tourner vers les profondeurs du deuil et son émotion pleine de vitalité. Talentueux orateur au regard candide, fragile et émouvant, Claude Guerre enchaîne les vers et avec eux des ambiances, des sensations, qui révèlent le cheminement d’une âme bouleversée.
Touchant de vérité et déchirant de sincérité, Claude Guerre évoque la mort avec une drôlerie vivifiante.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Dans le jardin de mon père(site web)
Texte, mise en scène, jeu Claude Guerre
Regard mise en scène Lise-Marie Barré
Lumière, scénographie Antoine Gallienne

Du 26 novembre au 20 décembre 2009
du mercredi au samedi à 19 h, dimanche 17h

Maison de la Poésie
Passage Molière
157 rue Saint-Martin, 75003 Paris
Réservations : 01 44 54 53 00
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