Dans un hammam d’Alger, 9 femmes s’évoquent sans pudeur, loin des regards inquisiteurs et moralisateurs d’une société masculine qui les a réduites au silence.

Il fait bon vivre au hammam de Fatima et les femmes s’y retrouvent pour se laver, se détendre, échanger et s’évoquer dans l’intimité d’un espace protégé de l’extérieur. Entre gant de crin et savon noir, la chaleur et l’humidité de ce lieu clos, invitent les femmes à se révéler. Les corps s’abandonnent à la détente d’un moment privilégié pendant lequel se révèlent des destins particuliers. Des femmes, portant les stigmates d’une société en crise, lâchent en rafales autant de rires que d’inquiétudes, d’histoires personnelles et de violences qui ont forgés leur chair. Leurs propos moqueurs, rieurs et souvent opposés portent en filigrane toute la violence d’une Algérie en proie à une fracture sociale, économique et sexuelle, vivant dans la corruption, la misère et les attentats quotidiens. Vaste champ de bataille, le corps de la femme est devenu un des lieux de prédilection sur lequel les islamistes tentent d’imposer leur suprématie. Mais loin des regards accusateurs, ces neuf femmes peuvent échanger librement à propos de leurs états d’âmes, de la politique, de la religion, de la morale et bien sur des hommes.

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Une incursion en territoire protégé
Entre le foulard de Dieu, un Imam assassin, des brûlures à l’acide, des mariages forcés, une mécréante et une pieuse, Rayhana restitue l’univers puissant et touchant d’une Algérie dévastée par la violence, rapporté par la parole de ces femmes qui peuvent encore s’évoquer à l’ombre des regards moralisateurs, dans un espace clos où la parole se libère. L’auteur de cette pièce aborde la gravité d’une situation avec toute la force et la poésie propres à ces gens qui souffrent mais pour lesquels l’espoir demeure. Une écriture vivante, acerbe et rythmée s’impose à la scène sans complaisance. La mise en scène de Fabian Chappuis s’applique à mettre en lumière le destin de neuf femmes dans sa dimension puissamment intimiste. Avec une exquise délicatesse, il apporte un regard souverain sur cet espace clos dans lequel la parole se libère au rythme d’un texte dont les répliques sont lachées comme des salves d’artillerie.

Les femmes prennent la parole dans un « joyeux désordre » organisé avec une précision extrême, accordant, au jeu des comédiennes, une force dramatique toujours plus touchante. Une mise en espace millimétrée et une direction d’acteurs sans faille, permettent de faire entendre un texte exigeant. La scénographie de Fabian Chappuis joue la carte de la sobriété. Les lignes épurées de l’intérieur du hammam et le jeu de lumières qui mettent l’accent sur une palette d’émotions assez riche, permettent à l’ensemble de la composition de se situer au plus proche du texte.

Malgré une distribution inégale, la complicité entre les neuf comédiennes sauve la mise d’un pari audacieux relevé avec finesse. Fatima (Marie Augereau), la masseuse, s’impose en figure de proue d’un radeau de femmes vivant, bien malgré elle, la complexité de leur destin brisé. Forte tête, elle s’affirme avec une certaine masculinité au milieu de ses clientes qui ont beaucoup à dire. La jeune masseuse (Linda Chaïb), portée par ses rêves illusoires, joue en force la candeur de son personnage qui verse parfois dans la niaiserie. Nadia l’étudiante (Rébecca Finet), embrasse la détermination de son personnage avec beaucoup de justesse, tout comme Aïcha (Maria Laborit) la belle-mère, aussi détestable qu’attachante.
Une belle distribution pour une pièce forte portée, par une mise en scène délicate et intelligente, propose au spectateur un voyage dans un espace de parole où la liberté demeure conditionnelle.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] A mon âge, je me cache encore pour fumer (site web)
De Rayhanna
Mise en scène Fabian Chappuis
Scénographie Fabian Chappuis
Lumières Franck Michallet
Univers sonore Pierre Husson
Musique Arve Henriksen, Joe D. et Gaâda Diwane De Béchar
Avec Marie Augereau, Géraldine Azouèlos, Paula Brunet Sancho, Linda Chaïb, Rébecca Finet, Catherine Giron, Maria Laborit, Taïdir Ouazine, Rayhana

Du 8 au 19 décembre 2009 et du 5 au 16 janvier 2010
Du mardi au vendredi à 20h30, les samedis à 16h et 20h30

Maison des Métallos
94 rue Jean-Pierre Timbaud
75011 Paris
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