Une rencontre pleine de Notte, d’amour et de poésie

Une rencontre pleine de Notte, d’amour et de poésie

Auteur de nombreuses chansons, Pierre Notte met en scène plusieurs spectacles de cabaret donnés à Paris, au théâtre Les Déchargeurs notamment, mais aussi en province et à l’étranger comme au Japon. Il en est l’interprète auprès de sa sœur, la comédienne et chanteuse Marie Notte, Karen Locquet puis Paul-Marie Barbier étant au piano. Son premier album J’existe (et je danse), reprenant les chansons de son spectacle J’existe (foutez moi la paix) sort le 11 octobre 2009. Pierre Notte est fait chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres en janvier 2007. Il est nommé pour le Molière 2009 de l’auteur francophone vivant. Secrétaire Général de la Comédie Française à partir de novembre 2006, il la quitte en septembre 2009 afin de se consacrer à l’écriture alors qu’il est l’auteur invité de la saison 2009/2010 du théâtre Les Déchargeurs (Paris).

« J’existe (foutez-moi la paix) » est un règlement de compte ou tout simplement une affirmation face aux aléas de la vie ?
« Oui, tout à fait, une affirmation face aux aléas de la vie. C’est aussi une nécessité face au sentiment qu’on éprouve d’avoir toujours à se justifier de ce que l’on est, de ce que l’on fait et d’éventuellement de ce que l’on a vécu. C’est aussi pour cela que l’on dédie notre spectacle aux mauvaises vies dans la mesure, où il paraît invraisemblable qu’un individu ait besoin de justifier de ce qu’il est ou de ce qu’il fait. Le titre du spectacle est une manière de dire que l’on voulait tout se permettre, d’une manière élégante, délicate, rigoureuse et aboutie, je l’espère. Et pour tout se permettre, il fallait que l’on ait, dans le spectacle, des corps étrangers absolument irrecevables, comme le nain, le coussin, les œufs, les chutes, les ratages ou les accidents , car ils nous constituent. Il n’y a aucune fabrication dans ce que nous faisons Marie et moi. Il n’y a rien de mensonger, à aucun moment. Ce n’est qu’une exhibition éhontée, impudique, insolente, irrévérencieuse de tout ce que nous sommes et de tout ce qui nous constituent depuis longtemps. L’ensemble forme un cabaret déglingué qui réunit nos référents, références, nos images, nos maîtres, nos musiques, nos attirances et nos aveux aussi. »

Votre spectacle est musical, théâtral et poétique. Des personnalités comme Deneuve, Garbo, Mangano et d’autres le traversent. Pourquoi une telle fascination pour ces femmes ?
« Ce sont des références à des figures féminines extrêmement diverses. Chacune représente une identité, une force humaine d’abord puis féminine absolument formidable. Il y a l’image de la jeunesse éternelle avec Greta Garbo, celle de l’icône, qu’incarne Deneuve dont la carrière au cinéma est exemplaire, celle de l’invention de la langue, de l’écriture avec Marguerite Duras. Toutes ces femmes réunissent l’image de l’amour maternel inconditionnel, dont Duras parle très bien d’ailleurs. Et comme ce spectacle est une affaire de famille avec une forte représentation de la mère, ces images sont des présences très fortes et absolument permanentes. Tellement envahissantes qu’on a presque parfois envie de les brûler vives. Nous jouons donc avec cela car il faut savoir en sortir, sortir de sa mère. Mais ça n’arrive pas, c’est un travail permanent, mais c’est bien au moins de le tenter. Il y a aussi quelques figures masculines dans le spectacle, mais c’est celle du père, donc beaucoup plus absente par rapport à tout ce qui nous constitue, Marie et moi. »

Avec un certain cynisme, tous vos textes parlent d’amour, un amour fragile, incertain mais qui semble ne jamais renoncer.
« Cela a certainement un rapport avec une nécessité permanente d’avoir besoin d’être rassuré sur le fait qu’on est éventuellement aimable et aimé par l’autre qui lui-même a sans cesse besoin d’être rassuré sur l’amour qu’on peut lui porter. Lorsque l’amour devient certain, il est probable qu’il devient perdu. »

Ce spectacle est en tout cas une affaire de famille…
« Ce que nous avons créé sur ce carré de gazon, c’est notre petit coin de paradis sur terre, c’est-à-dire qu’à cet endroit, on peut tout se permettre. Alors que Marie et moi, on n’a probablement jamais joué ensemble dans notre enfance, du moins, je pense. Nous avons très rapidement connu le désastre, l’éclatement, la douleur, le deuil, la séparation de la famille. Nous n’arrivons pas là pour vivre ce que nous n’avons pas vécu mais pour le vivre enfin. Nous avons reconstitué un univers avec toutes ces chansons qui nous ont liés pendant toutes ces années durant lesquelles nous n’étions pas spécialement ensemble. Il ne peut pas y avoir d’amour de la famille, la question c’est comment négocier avec la haine de la famille ? Comment négocier avec la haine de la famille quand on aime inconditionnellement les siens ? C’est compliqué ! Lorsque l’on est dans la résolution, c’est sans doute très salvateur. Lorsque ma mère est présente durant le spectacle, que l’on entend sa voix, c’est bouleversant et à ce moment même, il y a quelque chose qui appartient à l’édification de la beauté. Parce que c’est sa voix, c’est elle, c’est écrit sur le mur, que ce qui est dit est la chose la plus belle du monde car elle n’appartient plus à la littérature. Ma mère a dit ce que l’on entend à la fin de la chanson, dans un moment de larmes, de grand bouleversement. Cet instant n’est ni écrit, ni réfléchi, il est tout simplement volé et spontané, c’est pour cela qu’il est beau. »

Comment se déroule votre résidence d’auteur au théâtre des Déchargeurs ?
« La résidence se déroule sur toute la saison 2009/2010. Nous avons fait l’essentiel du travail avec « Les couteaux dans le dos » qui fut un moment de spectacle absolument formidable. Ludovic Michel et Lee Fou Messica m’ont invité à exposer des parts de mon univers. Nous préparons donc, en ce moment, « Le cabaret des Familles » que nous donnerons aux Déchargeurs, tous les dimanches à partir du 8 novembre, avec un groupe de jazzman insensés, dirigé par Paul-Marie Barbier qui est au piano. Ensuite, Sylvain Maurice va mettre en scène « Sept contes pour enfants », une pièce dont l’écriture ne s’adresse pas essentiellement au jeune public. Puis, il y aura « Le cabaret Nottien » qui est le cabaret de Marie d’après des chansons que j’ai écrites. Avec Ludovic Michel, nous nourrissons d’autres projets, mais pour l’heure, je souhaiterais que le spectacle « J’existe (foutez-moi la paix) » existe, bouge et tourne, après on verra. »

J’existe (foutez-moi la paix)
De Pierre Notte
Avec Marie Notte, Pierre Notte, Paul-Marie Barbier
Du 20 octobre au 21 novembre
Théâtre du Rond Point
site web

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