Un Hamlet peu canonique, revisité par Matthias Langhoff qui le fait swinguer au rythme des musiques d’Olivier Dejours.
Le père d’Hamlet, roi du Danemark, est mort récemment : son frère Claudius l’a remplacé et a même épousé Gertrude, la veuve du défunt roi. Le spectre du roi apparaît alors et révèle à son fils qu’il a été tué par Claudius. Hamlet doit venger son père et pour cela simule la folie que l’on met rapidement sur le compte de l’amour qu’il porterait à Ophélie, fille de Polonius, chambellan et conseiller du roi. Mais dans ce cabaret, l’aventure débute par la fin, et les intermèdes musicaux sont nombreux.
Une aventure imaginaire déstructurée
« En manteau rouge, le matin traverse la rosée qui sur son passage paraît du sang » magnifique tirade aussi longue que le spectacle, mais qui s’engage sur la voie de la trépidante aventure que Matthias Langhoff a mis en scène. Créée en 2008 à Dijon, cette épopée musicale relève de l’adaptation réussie d’une œuvre sacralisée depuis bien longtemps et proposée dans une traduction moderne d’Irène Bonnaud d’après un texte de Heiner Müller. Tout l’imaginaire du metteur en scène est convoqué dans ce déploiement anarchique et peu canonique, d’objets, de costumes, d’espaces scéniques séparés qui ne craignent pas l’anachronisme.
La déstructuration est à l’ordre du jour, et Matthias Langhoff, enfant de Brecht et ami de Heiner Müller avec qui il a traduit l’oeuvre de Shakespeare il y a trente ans, met Hamlet en pièces. Avec finesse et une étonnante contemporanéité, les mots glissent vers le chaos inéluctable que la pièce porte en filigrane. Fragmenter le mythe pour mieux se l’approprier, déstructuré un texte afin de le faire entendre sans tenter d’en chasser les fantômes, Langhoff s’engage dans une relecture d’Hamlet qui refuse la sacralisation et l’approche conservatrice du texte classique. Le drame est donné, à peu près dans son intégralité, avec deux changements majeurs : les comédiens, invités, arrivent dès la première scène, légitimant ainsi la place du théâtre dans le théâtre. Puis, Horatio, l’ami d’Hamlet, se transforme, à la vue de tous, en Horatia pour former un couple singulier avec le prince danois. Dans un décor qui s’apparente à celui de la foire ancestral et des tréteaux, l’artisanat est de mise pour une scénographie qui ne se refuse rien, pas même la présence d’un cheval sur scène.
Les fauteuils de l’orchestre du théâtre de l’Odéon ont été remplacés par des tables rondes, façon cabaret et gagnent aisément l’aire de jeu, au milieu de laquelle, une table en V, permet aux comédiens d’évoluer au milieu des spectateurs attablés. Dans un gigantesque coquillage de music-hall, le Tobetobe-Orchestra rythme la représentation, avec ses intermèdes musicaux d’une singularité toute exceptionnelle. La dérision s’empare même de la célèbre réplique « To be or not to be » pour la faire résonner sur des airs de comédies musicales célèbres comme « Chantons sous la pluie » ou « Somertime », servie par une hôtesse de l’air ou Marianne en bonnet phrygien et drapeau français. Espace de l’indiscipline et de la profusion, l’esthétique à la Langhoff reste fidèle à ses engagements, bien que certaines recettes demeurent éculées. Il multiplie les décors grâce aux toiles de Catherine Rankl, assume les anachronismes, montés en épingles avec les costumes aux couleurs chatoyantes d’Arielle Chanty.
Des comédiens engagés dans une production ambitieuse, mais dont les talents sont malheureusement inégaux et les parties chantées trop souvent aléatoires. Flamboyant François Chattot qui impose un Hamlet vieillissant, sombre et désabusé, fait basculer le spectacle dans le refus de l’illusion trompeuse. Tonitruant, charismatique, confondant et affirmant une présence déconcertante, il sert son rôle de manière héroïque. En dépit d’une diction laborieuse, Agnès Dewitte tire son épingle du jeu en faisant presque, d’Horatio/Horatia, un premier rôle.
Un spectacle qui relève de l’expérience scénique, interprété par une troupe qui connaît quelques baisses de régime pour un spectacle aussi physique.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Un Cabaret Hamlet (site web)
De Matthias Langhoff
Traduction Irène Bonnaud
Musique Olivier Dejours
Mise en scène et décor Matthias Langhoff
Toiles Catherine Rankl
Costumes Arielle Chanty
Lumière Frédéric Duplessier
Avec Marc Barnaud, Patrick Buoncristiani, François Chattot, Agnès Dewitte, Gilles Geenen, Anatole Koama, Frédéric Künze, Charlie Nelson, Philippe Marteau, Patricia Pottier, Jean-Marc Stehlé, Emmanuelle Wion, Delphine Zingg, Osvaldo Calo,
Avec le Tobetobe-Orchestra : Antoine Berjeaut, Osvaldo Calo, Antoine Delavaud, Jean-Christophe Marq, Brice Martin ou Laëtitia Girier,
Du 5 novembre au 12 décembre 2009
Du mardi au samedi à 19h, dimanche à 15h
Théâtre de l’Odéon
Place de l’Odéon, 75006 Paris
Réservations : 01 44 85 40 40
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