Riche citoyen d’Athènes, Timon, entouré de ses nombreux prétendants, donne sans compter. Mais bientôt ruiné, il s’adresse à ses amis et débiteurs qui finalement, l’abandonnent.

Timon, seigneur athénien, mène une fastueuse existence, entouré de flatteurs qu’il croit être ses amis et qu’il couvre de cadeaux ; jusqu’au jour où, les dettes l’assaillant, ses courtisans se dérobent et leur ingratitude cause la ruine de Timon. Abandonné de tous, même des sénateurs qu’il avait aidés à remettre à flot les caisses de l’état, sa naïveté cède la place à une rage intense et amère, dirigée contre l’espèce humaine tout entière. Il s’exile et trouve refuge dans une grotte, un coin désolé où il peut laisser éclater sa haine envers l’homme. D’un extrême à l’autre, de la philanthropie à la misanthropie, la pièce se déroule en deux temps bien distincts : l’on passe d’un univers où règnent fausseté, luxure, corruption et illusion tragique à un monde dépouillé mais toujours grouillant de créatures humaines avides et déshumanisées.

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Une déclamation bien singulière
Bien qu’appartenant au cycle des grandes tragédies shakespeariennes, « Timon d’Athènes » a été peu joué, attirant rarement les foules : cette pièce déroute par ses aspects formels et ses visées philosophiques austères et complexes, par une action qui se résume à des échanges verbaux et des soliloques (une tragédie sans meurtres sanglants ni lamentations féminines…). Sophie Couronne s’est employée à retraduire Shakespeare dans un souci de modernité, basculant dans un univers qui s’apparente au Slam et au Spoken Word afin de restituer une langue vivifiante et réactive. La déclamation est à l’honneur pour faire entendre une œuvre patrimoniale dans un style assez singulier, le Slam, dont s’empare Razerka Ben Sadia-Lavant, pour mettre en voix un Shakespeare dépoussiéré, et porté à la scène par des artistes venant d’horizon différent. Jubilation d’une parole dite en rafales par des comédiens, des rappeurs, des slameurs et des musiciens qui investissent l’aire de jeu pour gifler le public avec leurs mots.

Joutes verbales, monologues, soliloques, effet de scansion de la prosodie anglaise, chaque personnage expose sa trajectoire et prend la parole pour convaincre une assistance attentive. Sur un plateau dépouillé, les différentes personnalités qui prennent la parole, se croisent, s’affrontent ou s’adressent directement au public afin de faire entendre un texte puissant et porté par la musique. Un canapé sur lequel s’assoient parfois les intervenants, un micro placé à l’avant de la scène, une batterie et des instruments aux notes métalliques, sont disposés dans l’arène imprévisible et jubilatoire de la parole lâchée comme une salve. Des vêtements suspendus à des portants, permettent aux conteurs d’en changer tout au long de l’histoire et d’exalter l’opulence qui caractérise le propos de la pièce. Shakespeare et le slam, une rencontre bien singulière qui réunit des artistes très différents, partageant tous cette envie de dire, avec un engagement du corps et de la voix, la puissance poétique du texte. Le mélange est audacieux, mais la mayonnaise ne prend pas, le manque d’émotion trahit cruellement l’absence de réflexion nécessaire pour porter un tel projet à la scène. Dire Shakespeare en slamant, en psalmodiant, en déclamant etc… peut se justifier dès lors que le projet ne sert pas de prétexte à n’importe quelle expérience scénique qui permet de dire « On l’a fait ! ». De plus, chaque intervenant arrive dans l’aire de jeu avec sa propre représentation de la scène qui verse bien souvent dans la caricature outrancière liée à une perception fausse du théâtre. Les amateurs de slam n’y verront cependant que du feu et vivront cette expérience comme un moment d’exception. Ah, la magie du théâtre !!!

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Timon d’Athènes (site web)
Shakespeare and slam
D’après “La vie de Timon d’Athènes” de William Shakespeare
Mise en scène Razerka Ben Sadia-Lavant
Adaptation libre Sophie Couronne
En collaboration avec Razerka Ben Sadia-Lavant
Conception sonore Doctor L.
Avec Denis Lavant, Casey, D’de Kabal, Marie Payen, Mike Ladd, Doctor L.

Du 25 novembre au 13 décembre 2009

Maison de la Poésie
Passage Molière
157 rue Saint-Martin, 75003 Paris
Réservations : 01 44 54 53 00
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