Le théâtre national de la Colline propose actuellement à ses spectateurs de se confronter à un diptyque d’Henrik Ibsen : « Rosmersholm » et « Une Maison de Poupée ». Ces deux textes sont mis en scène en miroir par Stéphane Braunschweig, directeur du théâtre à compter de janvier 2010.
Dans l’isolement du manoir de Rosmersholm, Rebekka West intrigue pour ouvrir les yeux du pasteur Rosmer et lui offrir un monde de possibles sans borne ni entrave, pas même celles du mariage. C’est pourtant tout le poids de la tradition familiale et des fantômes de Rosmersholm qui hantent le couple jusqu’à leur faire renoncer à des idéaux, selon eux, inconciliables avec la vie en société, avec la vie « réelle ».
Tandis que le renoncement aux idéaux annonce la fin funeste de la première pièce, Une maison de Poupée offre une toute autre perspective.
Ainsi, Nora, héroïne futile, est rongée par un secret susceptible de détruire l’équilibre de sa maisonnée. C’est pourtant dans la découverte de ce mensonge qu’elle trouvera la force de faire voler en éclat les illusions fondatrices d’une harmonie familiale factice ; le choix de la destruction devient pour elle un rite initiatique salvateur. Cette seconde pièce apporte un éclairage d’une modernité certaine remettant en question l’image et le statut des femmes, alors communément considérées comme légères, infantiles et dépendantes.
Par ces deux pièces, Ibsen met en lumière nos contradictions. L’auteur ne croit pas en l’éternité des idéaux humains et met en garde contre cette « mégalomanie de la vie » qui pousserait à un désir d’épanouissement personnel absolu. Malgré cela, Ibsen insiste sur cette impossibilité de se (re)construire lorsque l’on a renoncé à ses valeurs. Les choix restent radicaux ; il n’y a pas de place pour la demi-mesure chez ces personnages confrontés à une impossible conciliation entre choix de vie, désir d’absolu et morale.
La scénographie froide et sobre met en lumière le décalage entre la passion animant les héros ibséniens et l’incompréhension voire l’animosité du monde alentour. Appuyé par des acteurs convaincants, Stéphane Braunschweig signe là deux mises en scène justes, sans excès, rendant intelligemment hommage à la complexité des partis pris d’Ibsen. Ici, le spectateur ne peut être que saisi, happé par la profondeur du questionnement habilement mis en lumière.
INFORMATIONS & DETAILS» Rosmersholm et Une Maison de Poupée (site web)
De Henrik Ibsen
Mise en scène et scénographie : Stéphane Braunschweig
Une maison de Poupée
Avec Bénédicte Cerutti, Éric Caruso, Philippe Girard, Annie Mercier, Thierry Paret, Chloé Réjon
Du 14 novembre 2009 au 16 janvier 2010
Mardi à 19h30, jeudi à 20h30 et samedi à 20h30 et dimanche à 19h.
Rosmersholm
Avec Christophe Brault, Claude Duparfait, Maud Le Grevellec, Annie Mercier, Marc Susini, Jean-Marie Winling
Du 14 novembre 2009 au 16 janvier 2010
Mercredi à 19h30, vendredi à 20h30, samedi à 17h et dimanche à 15h30.
Les samedis et dimanches, les deux spectacles Rosmersholm et Une maison de poupée sont proposés en intégrale, et du mardi au vendredi en alternance.
La Colline – théâtre national
15, rue Malte Brun
75980 Paris Cedex 20
Réservations : 01 44 62 52 52