Un richissime parvenu, Isidore Lechat, dispose d’un grand quotidien indispensable à ses affaires. Afin de renforcer sa puissance financière et sa surface sociale, il traite deux affaires susceptibles de renforcer encore sa puissance financière et sociale.
Au cours d’une semaine passée dans son château du Perche, Isidore Lechat, s’emploie à traiter deux dossiers qui doivent asseoir sa puissance hégémonique dans le domaine des affaires. A la recherche d’un financeur, deux ingénieurs électriciens, Gruggh et Phinck, cherchent un financeur pour exploiter une chute d’eau dont les richesses peuvent rapporter gros. Lechat réussit à imposer sa loi et gagne la confiance des deux jeunes gens pour mieux les soumettre à ses désirs d’expansionnisme. Mais le riche financier a aussi pour projet de marier sa fille, Germaine, au fils d’un noble criblé de dettes. Mais la jeune fille refuse de cautionner les malversations de son père dont elle souffre d’avoir à supporter le luxe ostentatoire. Révoltée, intellectuellement et sexuellement émancipée, elle préfère choisir son amant, le chimiste Lucien Garraud, et la liberté.
Une pièce qui se suffit à elle-même
L’œuvre d’Octave Mirbeau, écrite en 1903, avait été ostracisée par le comité de lecture de la Comédie-Française, pour finalement être représentée, avec succès, le 20 avril 1903, pour cinquante-huit représentations. Quelques décennies plus tard, la pièce semble, plus que jamais, d’actualité et porte en germe toutes les malversations qui caractérisent une société dirigée par des malfrats. Faire des affaires juteuses pour gagner beaucoup d’argent et à n’importe quel prix, voici le credo d’Isidore Lechat qui règne en maître sournois, cynique et cruel sur le monde des affaires. Mirbeau propose un texte aussi terrible que féroce, portant en germe une modernité déconcertante où l’argent exclut la pitié, le sentiment et la morale, et se suffit à lui-même.
Marc Paquien s’empare de ce chef-d’œuvre impitoyable pour en restituer la dimension grinçante et sans retour. L’ensemble de la composition se révèle tout en demie-teinte et peine à porter un morceau d’anthologie de la littérature du début du XXe siècle avec simplicité. Une mise en scène trop didactique, prévisible et noyant les comédiens dans la vastitude d’un espace monumental imaginé par le scénographe Gérard Didier. Mais le vide n’évite pas le danger, et la réalisation scénique de Marc Paquien s’affirme davantage par le manque de sobriété que par la mise en abîme élégante et sauvage d’une œuvre dont il n’est pas nécessaire de vouloir, à tout prix, mettre en relief la cruauté du propos en forçant le trait. Tout est dit comme si le metteur en scène craignait de ne pas être entendu ou compris comme il l’avait envisagé.
Les comédiens se perdent sur une aire de jeu trop vaste, errant dans un décor qui hésite entre dépouillement et baroque assumé. Néanmoins, les comédiens sont exceptionnels et Gérard Giroudon campe un Isidore Lechat diabolique et fourbe tout au long de la pièce. L’homme est tout simplement confondant. Claude Mathieu, touchante et si sincère, en Madame Lechat, échange quelques duos de grande qualité avec sa fille, Françoise Gillard, touchante et rebelle. Les différentes tessitures se mêlent harmonieusement mais de manière assez sourde et il faut souvent tendre l’oreille pour entendre ce que nous chuchotent les comédiens.
Mais les affaires sont les affaires et un peu de cruauté servie avec autant d’excellence fait toujours réagir.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Les affaires sont les affaires (site web)
De Octave Mirbeau
Mise en scène Marc Paquien
Décor Gérard Didier
Costumes Claire Risterucci
Lumières Dominique Bruguière
Son Anita Praz
Avec Gérard Giroudon, Claude Mathieu, Michel Favory, Françoise Gillard, Nicolas Lormeau, Clément Hervieu-Léger, Adrien Gamba-Gontard, Gilles David, Chloé Schmutz
Du 18 novembre 2009 au 3 janvier 2010
Théâtre du Vieux Colombier
21 rue du Vieux Colombier
75006 Paris
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