Adramélech face à nous. Il nous raconte sa vie avec ses déboires, ses détresses, ses colères. Il témoigne de sa condition, celle d’un homme face à la misère d’une condition, la gueule enfarinée dans ses problèmes, habitant un monde oublié par la fortune du hasard et de la vie. Par le biais de la colère, d’une revendication existentielle, il fait face, parle, dit, exprime, tout d’une traite jusqu’à ne plus pouvoir dire.
Les mots maîtres
La scénographie est composée des tableaux de l’auteur/metteur en scène, Valère Novarina. Le décor dans un fond noir est recouvert de toiles de couleurs vives. L’ambivalence des couleurs semble être celle d’une parole qui oscille entre la profusion de revendications et la chaleur d’un mutisme comme nourri par une révolte.
L’acteur, Jean-Yves Michaux, est seul, face à nous. Le texte est plein. Jean-Yves Michaux joue de mouvements mesurés, peu amples sans vouloir faire en sorte que le corps soit en prise sur la parole. Car le corps accompagne la parole. La Parole devient maîtresse des lieux et du spectacle.
Dans cet exercice difficile du monologue, Jean-Yves Michaux s’en sort plutôt bien. La voix et la présence corporelle sont au rendez-vous. Une présence corporelle plutôt discrète mais suffisante. La difficulté de ce monologue est d’exister par rapport à un texte qui porte toutes les marques de la pureté linguistique marquée du sceau de l’originalité. Il s’agit de faire vivre un texte dont le poids et la richesse linguistiques sont grandes sans tomber dans le vide de la mise en scène et l’ennui des mots. Un texte composé de néologismes et de mots comme écrits à rebrousse-poil de par leurs consonances. Torrent de mots ponctué de pointes d’humour et d’humeur qui invite le spectateur à se laisser bercer par une musicalité linguistique.
La mise en scène de Valère Novarina est centrée sur le texte avec une mise en situation d’un personnage dont la difficulté est de dire son cri dans un langage difficile, riche et détourné. Face au texte, Jean-Yves Michaux devient un personnage désincarné. Désincarné par le poids d’un texte qui extirpe tout le suc théâtral du personnage vers le dire et non l’être. A ce titre, Jean-Yves Michaux arrive à donner toute la justesse au langage de Novarina. Périlleux, la Parole est servie avec beaucoup de malice. Et on ne frôle jamais l’ennui.
INFORMATIONS & DETAILS» Le Monologue d’Adramélech (site web)
Pièce de Valère Novarina
Mise en scène et peintures de Valère Novarina
Avec Jean-Yves Michaux
Construction des décors Stéphane Sagon
Lumières Paul Beaureilles
Collaboration artistique Céline Schaeffer
Assistant de l’auteur Lola Créïs
Théâtre de la Bastille
76 rue de la Roquette, 75011 Paris
Jusqu’au 11 décembre 2009
Du mardi au samedi à 19h30, dimanche à 15h30
Réservation : 01 43 57 42 14