Sophie Proust, auteur d’un précis met en lumière la problématique de la direction d’acteurs qui se pose tant au cinéma qu’au théâtre. Cet ouvrage paru aux éditions de l’Entretemps fait désormais figure d’outil de référence pour bon nombre de professionnels.
Fiction ou réalité ?
Gabegie dans la réalité, la direction d’acteurs n’existe qu’au théâtre. L’auteur a réussi le tour de force à synthétiser une somme de connaissances très importantes propres à saisir une photographie de l’état de l’art à un instant donné. Sophie Proust réalise un portrait de la direction d’acteurs et des fonctionnements pratiques qui s’en dégagent. La première partie de cet ouvrage s’attache à présenter une définition de la direction d’acteur. A l’appui de cet argumentaire, une présentation est faite du directeur d’acteurs (son commencement et la fin de son action) et des typologies des différents cas de directions.
Binaire ou triangulaire ?
Ce deuxième temps fort de cette étude met en évidence la relation particulière du metteur en scène et de l’acteur. Le pouvoir de création ou de l’esthétique du directeur d’acteur peut être influencé par le pouvoir financier de la production. Un équilibre financier est alors nécessaire. Mais au-delà de ça, une relation triangulaire se noue entre le metteur en scène, le comédien et le texte (ou objet de création). Roland Barthes souligne avec justesse que « chaque époque peut croire qu’elle détient le sens canonique de l’œuvre, mais suffit un peu d’histoire pour transformer ce sens singulier en sens pluriel et l’œuvre fermée en œuvre ouverte. » Sophie Proust renforce cette opinion en affirmant que « l’œuvre est sujette à des horizons distincts de la part de chacun ». De ce fait la direction d’acteurs est éminemment triangulaire. Le travail dramaturgique vient compléter ce tableau en apportant une dimension intellectuelle, une information annexe sur le texte (contexte, environnement…) en liant le metteur en scène et l’œuvre.
La parole dans tous ses états
Le troisième point de cet ouvrage s’ouvre sur les divers modes de langages tantôt exprimés par le corps tantôt par la parole. Vecteur essentiel de la direction d’acteurs, ce fil rouge établit les différents chemins que peut emprunter le metteur en scène pour mener à bien son projet. Le dernier volet prend appui sur l’intervention du metteur en scène tant sur ce qui est vu et entendu et bien entendu perçu. Cette subjectivité peut être l’amorce d’une indication concrète de jeu. Ainsi cette perception permet de nourrir un dialogue riche d’enseignements avec les comédiens. C’est en cela que la direction d’acteurs ne se résume pas à des directives énoncées.
Le théâtre, un art expérimental ?
Qui dit création artistique renvoie automatiquement au rejet d’une quelconque théorisation de la direction d’acteurs. C’est en cela que le théâtre demeure un art expérimental et qui pour le moins grand nombre revêt les possibilités d’horizons riches et variés. Il n’y a pas de recettes à proprement parler mais des perspectives qui bout à bout s’appellent « la création ».
LA DIRECTION D’ACTEURS de Sophie Proust
Collections les voies de l’acteur dirigées par Patrick Pezin
Editions L’Entretemps
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