Dans une Grèce, écrasée par le poids de la dictature des colonels, le cri du peuple s’élève.

« (…) CETTE ANNEE-LA, aucune femme ne conçut d’enfant. » ainsi débute l’aventure humaine d’un pays à l’histoire plusieurs fois millénaires, sur laquelle pèse la fatalité de l’antique malédiction semblable à celle de Thèbes dans les derniers jours du règne d’Œdipe. Ici, la Grèce des Mythes et de l’histoire se heurte dans un chaos bruyant, où les mots sont utilisés comme une arme, où la haine contre un pays gangrené jusqu’à la moelle, dominé par le pouvoir subversif et perverti, s’achemine vers la catastrophe pourtant déjà annoncée. La stérilité des femmes, bien enfoncée dans leurs entrailles, fait obstacle aux renouvellement des générations. Les hommes armés, asservis et soumis à la violence de la guerre, violent, tuent, dérobent et obéissent aux pulsions dévastatrices d’un peuple en déliquescence. Les corps brûlants, se déchaînent à la hâte, pénétrés par une semence impure qui se répand sur la patrie moribonde. L’idée même de nation, a disparu et avec elle, un pays qui n’a plus de nom.

Dying 4

Un chœur qui saigne
Dimitris Dimitriàdis brille par l’élégance de son style d’une densité, d’une violence et d’une richesse de langue absolument exceptionnelle. Le langage constitue une arme à lui seul. La cruauté du verbe mêlé à un champ lexical choisi, file la métaphore de la douleur et de la dévastation d’un pays qui se meurt. Révélé en 1978 par Patrice Chéreau, Dimitris Dimitriàdis ne cesse de fasciner ses contemporains et Michael Marmarinos s’empare de l’œuvre du prosateur de manière ambitieuse et dérangeante.

Dying 5

Le metteur en scène convoque trente comédiens et une centaine de figurants pour mourir comme un pays dans un espace dépouillé, désaffecté, n’ayant plus que les mots et les cris pour s’incarner. Les uns derrière les autres, comédiens et figurants forment une longue file débutant à l’entrée du théâtre, traversant l’aire de jeu pour la quitter dès lors que l’on entend le bruit sourd et répétitif d’une photocopieuse. Textes fragmentés, éclatés, portés à la scène par une multitude qui éructe sa douleur et sa souffrance, Marmarinos réussit à trouver une unité de style dans ce désordre bruyant et nombreux. Une semence impure est répandue sur un sol qui n’est plus fertile et sur lequel, les prises de paroles s’enchaînent dans un brouhaha saturé de notes sourdes et éprouvantes.

La tension est paroxystique et l’effet de cette multitude réveille ou encourage un désir de révolution lorsque l’on entend « Sarkozy dehors ! ». Illusions perdues, corps décharnés, exhibitions répétées, les voix se mêlent pour exprimer un cri de haine qui suscite la polémique dans le public et qui pourtant invite à la profération. Un peuple en attente, en danger, incarné par ces figurants en costume de ville dont les images sont retransmises en fond de scène accompagné d’un surtitrage en français, participe à un tumulte qui fait trembler la salle comme la foudre de Zeus. Grandeur et décadence d’un pays qui se meurt, touchante réalité sonore mis en scène de manière monumentale « Je meurs comme un pays » est publié aux éditions Les Solitaires Intempestifs.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Je meurs comme un pays (site web)
En grec surtitré
De Dimitris Dimitriàdis
Traduction de Michel Volkovitch
Mise en scène de Michael Marmarinos
Décor Kenny MacLellan
Lumière Yanis Drakoularakos
Musique Dimitris Kamarotos
Film Stathis Athanasiou
Avec Ilias Algaer, Rena Andreadaki, Melina Apostolidou, M.Michalis Chatiris, Anastasia Eden, Lambros Filippou, Rena Fourtouni, Adrian Frieling, Mme Smaro Gaitanidou, Thalia Ioannidou, Margarita Kalkou, Virginia Katsouna, Andreas Konstantinou, Giorgos Kritharas, Dimitris Lignadis, Tilemachos Mousas, Alexandra Pavlidou, Kim Soo-Jin, Vasilis Spiropoulos, Maria Stavraka, Elena Topalidou, Aris Tsaousis, Theodora Tzimou, Giannis Voulgarakis, Giorgos Vrontos, Melina Zacharopoulou et Dimitris Dimitriàdis

Du 7 novembre au 12 novembre 2009

Odéon Théâtre de l’Europe
Ateliers Berthier
Angle de la rue André Suarès et du Bd Berthier, 75017 Paris
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