Face de cuillère

Face de cuillère

Face à Face

On l’appelle Face de cuillère car son visage est rond. Comme quand on se regarde dans une cuillère. Elle adore l’Opéra, de la vraie musique comme elle dit. Elle nous raconte sa vie, le mal dont elle est atteinte, sa probable mort qui rôde inlassablement autour d’elle et la séparation de ses parents. Sa rencontre aussi avec le professeur Bernstein. Toute une tranche de vie d’une jeune femme sans âge et pourtant si jeune. D’une femme autiste, douée pour la Vie et pour les chiffres.

Le spectacle démarre avec « Casta diva » de l’opéra Norma de Bellini avec la voix sensuelle et envoutante de Maria Callas. Maria Callas accompagne le spectacle tout du long. La passion de l’Opéra de Face de cuillère est sa raison d’être. Sa passion. Son refuge. Elle a aussi le don de voir les chiffres, les dates. Un don venu de son autisme dont elle s’amuse sans y trouver une règle de vie.

crédit photo Estelle Fridlender

crédit photo Estelle Fridlender

De l’Art et de l’Opéra avec une pincée de passion
La mise en scène d’Alain Batis est efficace, simple et direct. Tout est fragile et sensuel dans les mots et les gestes de Face de cuillère. Une belle exploration dans l’esprit d’une autiste incarnée par la superbe Laetitia Poulalion qui nous mène dans un monde habité par la force et l’émotion. Le décor est fragile, fait de papier construit dans une belle mosaïque de couleur blanche. Les autres couleurs sont ailleurs, dans le regard de l’autiste, dans le souffle des mots, dans l’intelligence des propos tenu sans détour par une jeune fille sur la Mort, sur le rapport de ses parents face à la maladie et qui finissent par se séparer.

Crédit photo Estelle Fridlender

Crédit photo Estelle Fridlender

La scène semble représenter la chambre de la jeune femme dans laquelle elle bâtit au fil de la pièce le décor. Là, elle découpe sur le papier un homme qu’elle suspend à un fil, ici un autre homme, là une libellule, plus loin une reine. Elle danse avec celle-ci et entre à la fin du spectacle dans son royaume en princesse. Celui de la mort sans doute. Une mort omniprésente. Par des propos plein d’espièglerie, elle bouscule l’évidence de la mort pour la regarder en face. Elle va mourir et le sait. Plus qu’aucun autre.

C’est aussi la visite dans le quotidien d’une jeune fille qui ne vit que par la musique, d’un couple de parents qui se déchire car un enfant autiste c’est aussi vivre avec la douleur et le déchirement. Tout est poignant dans le texte car il mêle des vérités de tous les jours avec franchise et émotion. Tout semble vécu. Autant dans le jeu que dans le texte. Un très beau texte de Lee Hall, scénariste de Billy Elliot, traduit par Fabrice Melquiot dans une mise en scène bien inspirée d’Alain Batis qui par touches successives file les métaphores dans le jeu et dans la scénographie.

Le texte est de toute beauté. Rien ne manque. Intelligent, bouleversant, il interpelle le spectateur. Sans verser dans l’émotivité, ni le mélodrame, il invite à un voyage vers l’Autre, l’Ailleurs… l’autisme. A travers l’autisme, c’est la différence de l’Autre qui nous fait face. Sans verser dans la moralité, Lee Hall a l’intelligence de présenter la Différence dans sa Beauté et sa Plénitude. Remarquablement bien joué, Laetitia Poulalion incarne l’enfance et la maturité d’une fille face à sa maladie. Tout est pesé, chaque mot renvoie à une attitude, une expression, une émotion que la comédienne arrive à habiter jusque dans sa gestuelle. Un grand moment de théâtre.

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Face de cuillère (site web)
Pièce de Lee Hall
Mise en scène d’Alain Batis
Traduction de Fabrice Melquiot
Avec Laetitia Poulalion
Décor Sandrine Lamblin
Lumières Jean-Louis Martineau
Costumes Jean-Bernard Scotto
Régie Lumières Nicolas Gros
Régie Son Emile Tramier

Jusqu’au 22 novembre 2009
Mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 20h30, dimanche à 17h30
Réservation : 01 43 40 44 44

Théâtre de l’Opprimé
78 rue du Charolais, 75012 Paris

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