Birahima, un enfant ivoirien de dix ou douze ans, s’engage malgré lui dans le NPFL (Front national patriotique du Libéria) que dirige le colonel Papa le Bon. Dès lors, le jeune garçon est confronté au quotidien de l’enfant-soldat qu’il est devenu.

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« Allah n’est pas obligé d’être juste avec toutes les choses d’ici-bas ». Orphelin, Birahima doit traverser la frontière pour rejoindre la tante Mahon, sa nouvelle tutrice. Accompagné de Yacouba, un féticheur musulman, appelé aussi grigriman, Birahima prend la route pour le Libéria. Volés par des bandits de grand chemin, sans aucun moyen de subsistance, ils s’engagent dans le NPFL. L’un devient féticheur professionnel et l’autre, enfant-soldat. Deux carrières pleines d’avantages dans une Afrique instable que la corruption institutionnalisée et la haine ethnique ont transformées en un enfer sanglant et atrocement absurde. Le destin de Birahima bascule dans l’horreur de la guerre dont il est désormais l’acteur. Narrateur d’ « Allah n’est pas obligé », cet enfant-soldat laisse tomber sa « Kalach » pour prendre la plume.

Une farce quelque peu excessive
visuelallah1Adaptée du roman d’Ahmadou Kourouma, qui a remporté le prix Renaudot en 2000, et présentée comme une farce carnassière, « Allah n’est pas obligé » raconte le parcours de Birahima, ivoirien préadolescent, de la tribu des Malinké, devenu enfant-soldat au Libéria puis en Sierra Léone. Narrateur de sa propre histoire, le jeune garçon s’exprime dans un français « malinkisé », opérant de constantes recherches dans les dictionnaires, Le Petit Robert ou l’Inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire. Cette manière, faussement naïve et détachée, d’évoquer son quotidien, rend un peu plus supportable l’atrocité croissante des scènes décrites. Le style, dans lequel abondent les répétitions particulièrement irritantes, accentuent encore davantage le trouble et le sentiment de révolte que provoque la narration d’évènements correspondant à la cruelle réalité socio politique de l’Afrique contemporaine. Laurent Maurel propose une adaptation très fidèle du roman en exploitant le champ lexical de la cruauté soutenue par un humour qui permet de tenir à distance l’horreur des propos tenus. Malheureusement, la fausse naïveté du narrateur est contenue dans une mise en scène qui exacerbe la dimension humoristique de la farce et appauvrit, voire bêtifie le propos. Un monologue, mis en voix par deux comédiennes qui se livrent à une pantomime s’apparentant davantage à un sous-titrage pour sourds et muets qu’à une réelle performance artistique, tente la périlleuse et douloureuse expérience de la farce. Un écran placé en fond de scène et sur lequel sont projetées des images de guerre, est un prétexte supplémentaire servant à masquer l’indigence scénique de la proposition. S’approprier la gravité du propos en s’affranchissant d’un gestuelle répétitive et lassante, aurait sans doute permis aux deux comédiennes de proposer une interprétation douloureuse et acerbe d’une situation désastreuse.

[slider title=”INFORMATIONS & DETAILS”] Allah n’est pas obligé (site web)
D’après le roman d’Ahmadou Kourouma
Mise en scène Laurent Maurel
Montage texte E.Brezault et L.Maurel
Dramaturgie Eloïse Brezault
Conception vidéo Guaritoto Gonzalez
Lumières Bruno Brinas et Julien Barrillet
Musique Frédéric Ozanne
Avec Caroline Filipek et Vanessa Bettane ou Tatiana Werner
Du 18 novembre 2009 au 3 janvier 2010
Théâtre du Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris
Réservations : 01 45 44 57 34
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