Mais pourquoi venir au monde si c’est juste pour jouer aux dominos ? Ou comment tout plaquer, même son meilleur ami, pour prendre du bon temps… Yaacobi a décidé de profiter de la vie. A un âge déjà avancé, il considère qu’il n’a plus de temps à perdre à jouer aux dominos avec son ami Leidental. Après avoir « plaqué » son ami de toujours, le voici parti pour une nouvelle vie. Il aborde la plantureuse Ruth Chahach. Il se persuade qu’il est amoureux de la belle et se marie avec elle. Mais son amitié avec Leidental, qu’en est-il ? Amour et amitié seraient-ils antinomique ?

LEVINE

Entre Yaacobi et Leidental, c’est une histoire d’amitié usée. A passer trop de temps avec son ami, on passe sans doute à côté de merveilleuses choses. Comme le sexe. Du moins, c’est ce que pense Yaacobi. A un âge où les cheveux sont grisonnants, la pulsion organique peut se réveiller dans un dernier sursaut. Et dans ce sursaut, Yaacobi veut découvrir l’amour, pardon le sexe. C’est sans doute le destin de cet homme, qui a pris conscience de sa modernité tardivement, et qui ne semble pas concevoir une vie réussie sans la conformité d’un mariage saupoudré de sexe. Abandonner son ami pour être à soi.

Union libre
LEVINE1L’énergie du spectacle transporte le spectateur vers du théâtre dont le corps est roi. Ici, les mimiques, le chant, la musique font de la pièce un cocktail savoureux dans lequel le dynamisme des comédiens donne au spectacle couleurs et gaieté. Les costumes sont taillés tout en longueur et largeur. La présence du corps, même quand elle est muette, parle. Le jeu des comédiens est assez tranché, chacun avec sa partition. Emmanuelle Rozes dans le rôle de Ruth Chahach, et tout en rondeur, représente la volupté. Raphaël Almosni dans le rôle de Leidental, plutôt maigre et dans son costume étriqué, est un homme en proie à une timidité maladive devant la vie. Le jeu est tout en tendresse et en émotion avec des tranches d’humour qui donne au personnage de la profondeur. Jean-Yves Duparc, dans le rôle de Yacoobi, plante un personnage rond et clownesque dans le bon sens du terme avec une amplitude de mouvement et une gestuelle bien coordonnées. Yacoobi se décline en personnage tout en humour et émotion même si derrière les répliques se cachent un « arriviste » qui veut arriver à profiter de la vie quitte à écraser Leidental.

Le décor est une scène ronde laissant présager dès la première scène un hommage appuyé au cirque. Le personnage de Yaacobi a des traits tirés avec le teint blafard d’un clown sorti d’un cirque. Le maquillage légèrement accentué, la mine déconvenue, l’habit ouvert, il semble incarner un appétit de vie réfréné par une existence de vieux garçon. Et en vieux garçon, il veut prendre sa revanche comme un jeune homme. Le trio des musiciens violoncelliste, clarinettiste et pianiste campés par Louise Chirinian, Alain Karpati et Marc-Henri Lamande donnent une touche music-hall au spectacle. C’est une pièce où la tendresse et l’humour partagent la scène. Ici, le cirque a rendez-vous avec le chant. La musique avec le théâtre, le cirque avec le cabaret. Toutes les gammes du jeu, vocales et corporelles, sont déployées. Une comédie, trente tableaux et douze chansons composent ce cocktail.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Yacoobi et Leidental (site web)
Pièce de Hanokh Levin
Traduction de Laurence Sendrowicz
Mise en scène de Alain Batis
Assisté de Solène Clappe-Corfa
Avec Raphaël Almosni, Jean-Yves Duparc, Emmanuelle Rozes
Et Louise Chirinian (violoncelliste), Alain Karpati (clarinettiste), Marc-Henri Lamande (pianiste)
Décor de Sandrine Lamblin
Lumières Jean-Louis Martineau
Création musicale Cyriaque Bellot
Costumes et maquillages Jean-Bernard Scotto
Chorégraphie de Serge Aimé Coulibaly
Création vidéo d’Emilie Aussel
Création Lumière de Philippe Amblard
Jusqu’au 18 octobre
Les mardi, mercredi, samedi à 21h, les jeudi, vendredi à 19h et le dimanche à 18h

Cartoucherie – Théâtre de l’Epée de Bois
Route du Champ de Manœuvre,
75012 Paris
Réservations : 01 48 08 39 74
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