Un contrat important à signer, une mère qui décède et un retour dans une maison familiale, hantée par des femmes aux désirs débridés, c’est beaucoup trop pour un seul homme.

Jeune cadre publicitaire, Simon vient d’enterrer sa mère le jour où il devait signer un contrat important. De retour dans la maison de son enfance, il erre et se heurte à cinq créatures qui semblent avoir attrapé le diable par la queue. Deux sœurs, Jane et Blanche, passionnées par les lieder de Schubert, entonnent des extraits de l’œuvre du grand maître, comme pour sonner le glas d’une mort annoncée. Une jeune fille habillée en latex, se réclame être la « pute » de celui qui vient de perdre sa mère afin d’en obtenir une robuste pénétration. Claire, une collègue de Simon, se rapproche du jeune homme en observant une stratégie trop prévisible. Entre réel et imaginaire, désirs débridés et morbidité, les scènes s’enchaînent au rythme des trous que creusent Walkyrie, la chienne des deux sœurs aux relations troubles.

Crédit photo Alain Fonteray

Crédit photo Alain Fonteray

Une musique pour la chambre
« Sextett » n’est pas un concert de musique de chambre dans sa forme canonique, mais ses six personnages interprètent une partition dans laquelle l’étrangeté semble être la clé majeur. Faisant suite à « Jusqu’à ce que la mort nous sépare », « Sextett » s’impose comme un second volet qui glisse habilement de l’extrême banalité à l’horreur, du deuil au sexe sans joie. Rémi de Vos crée un univers où sexe, fantasmes, désirs et transgressions trouvent leur légitimité dans une comédie virevoltante qui met à mal les conventions du boulevard.

Eric Vigner réalise une mise en scène remarquable dans un décor qu’il a lui-même conçu. Un papier peint des années 70, deux grands baies vitrées, une élégante moquette sur laquelle Simon ne cesse de patiner, composent un ensemble haut en couleurs pour une écriture répétitive et parfois ronflante. Du rythme, de la singularité et une chorégraphie tragi-comique, sorte de rencontre entre Buster Keaton et David Lynch. Les comédiens disent leur texte avec une mise à distance qui suscite autant la gêne que le rire. Johanna Nizard (Sarah) et Maria de Medeiros (Jane) chantent admirablement bien dans un style qui ne nécessite pas une grande maîtrise artistique du chant. Micha Lescot (Simon), silhouette mince et élégante, phrasé détaché de toutes émotions, se désarticule comme un pantin au regard énigmatique. « Sextett » relève de l’expérience théâtrale et vaut le détour rien que pour la mise en scène d’Eric Vigner et la singularité de Micha Lescot.
La pièce est publiée chez Actes Sud.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Sextett (site web)
De Rémi de Vos
Mise en scène, costumes et décors d’Eric Vigner
Lumière Pascal Noël
Son Othello Vilgard
Avec Anne-Marie Cadoux, Marie-France Lambert, Micha Lescot, Maria de Medeiros, Johanna Nizard, Jutta Johanna Weiss,

Jusqu’au 14 novembre 2009
Du mardi au samedi à 21h/Dimanche à 15h

Théâtre du Rond Point
2 bis avenue Franklin D.Roosevelt, 75008 Paris
Réservations : 01 44 95 98 21
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