L’auteur, Thomas Bernhard est un dramaturge autrichien né aux Pays-Bas en 1931. Son œuvre traite principalement de ses relations tumultueuses avec les autorités autrichiennes et offre par ailleurs une critique acerbe de l’univers du théâtre. A l’instar de son Minetti (personnage librement inspiré de l’acteur allemand Bernhard Minetti), il a lui-même été victime de procès et de scandales du fait de ses partis-pris anticonformistes.
Ce soir de réveillon de la Saint-Sylvestre, Minetti, vieil acteur sur le retour, arrive dans un lugubre hôtel d’Ostende où il est supposé retrouver le directeur du Théâtre de Flensburg.
Celui-ci lui aurait donné rendez-vous afin de lui proposer d’interpréter le rôle du roi Lear que Minetti a joué trente ans plus tôt, acclamé par la critique. Cette rencontre est aux yeux du vieil homme l’occasion de mettre fin à trente années de disgrâce durant lesquelles il a payé le fait de s’être « refusé à la littérature classique ». Toute la soirée, dans l’indifférence générale et face à des clientes impassibles, l’acteur ressasse les souvenirs de sa grandeur révolue et de ses échecs passés. A travers sa vision tronquée de la réalité, le personnage met à jour ses peurs et ses errances alors que le monde qui l’entoure lui signifie son obsolescence.
« Le public est l’ennemi de l’esprit, c’est la raison pour laquelle je me contrefiche de lui… Il est et doit rester mon ennemi. » (Thomas Bernhard)
Minetti est une tragi-comédie jouant sur le registre du grotesque, pourtant ne cherchez pas d’intrigue dans le texte de Bernhard, elle est absente. Personne ne viendra trouver Minetti ce soir si ce n’est la mort. La force du texte réside dans cette absence d’intrigue qui ouvre le champ de la réflexion au spectateur. Cette liberté est accentuée par la présence de personnages secondaires fantasmagoriques évoquant un monde qui se situerait quelque part dans les limbes entre le rêve et la réalité. Les décors d’Olivier Bruchet, d’une sombreur teintée ça et là de touches de clarté, illustrent parfaitement cette réalité distordue empreinte de mélancolie.
Si le texte écrit par Thomas Bernhard l’a été à l’origine pour Bernhard Minetti, Serge Merlin incarne littéralement Minetti et ses tourments. Émouvante et perturbante, son interprétation interpelle et pousse à l’introspection. Finalement, si Bernhard se targuait de détester le public, son texte dans cette mis en scène lui offre la possibilité de trouver sa propre vérité quant à cette réflexion sur le sens que l’on donne à la vie, à la vieillesse et à la mort.
Minetti (site web)
De Thomas Bernhard
Mise en scène de Gerold Schumann
Avec Serge Merlin, Francois Clavier, Eve Guerrier, Olivier Mansard, Fabien Marais…
Jusqu’au 24 octobre 2009
19h les mardis, 20h les mercredis, jeudis, vendredis, samedis, 16h le dimanche
théâtre de l’Athénée
7 rue Boudreau, 75009 PARIS
Réservations : 01 53 05 19 19
Et en tournée :
Le vendredi 13 novembre 2009
Au Théâtre de Chartres
Réservations : 02 37 23 42 79
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