Huit monologues de mères, pour une déclaration d’amour à son enfant, par delà les huées et les regards inquisiteurs.

Dealer, happé par la spirale infernale de l’argent facile, mère de 14 ans et déjà jugée pour infanticide, tueur en série de l’autre côté de l’Atlantique, prostituée taillée pour l’oubli, ces regards de l’ombre sont mis en lumière par l’amour de leur mère. Un amour qui reconnaît l’erreur dans la douleur de l’absence. Huit femmes racontent sans tabous et avec une grande sincérité, leur quotidien de mère. De l’intime au sordide, elle porte en gloire leur amour pour leur enfant dont le destin a basculé dans l’horreur du fait divers. Un témoignage touchant et simplement bouleversant.

Meres veilleuses (c) Darius Salimi Iruzubieta

Crédit photo Darius Salimi Iruzubieta

Une belle leçon d’humanité
La pièce de Sylvie Chastain est d’une étonnante poésie. Elle file la métaphore sans jamais tomber dans le pathos d’un sujet aussi délicat à aborder que l’amour d’une mère pour son enfant. L’auteur propose, tout en demie teinte, le portrait de huit femmes accablées par la médiocrité d’un quotidien qu’elles affrontent avec force et sincérité. Un style elliptique ainsi que de remarquables mise en abîmes, donnent à l’ensemble de la composition un chromatisme d’une touchante vérité. Chaque femme témoigne de la réalité de son quotidien en recourant à un champ lexical d’une beauté toute exceptionnelle. Hervé-Bernard Omnes réalise une mise en scène d’une rare élégance en faisant des choix judicieux de couleurs et d’objets se révélant être en parfaite adéquation avec la dimension symbolique du texte.

La pièce est donnée dans la petite salle du Théâtre de l’épée de Bois, plongeant le spectateur dans une intimité propice aux témoignages de ces femmes qui osent parler d’elles. Six cercles de lumière dessinent une aire de jeu qui fait l’économie d’un décor abondant. Des cintres suspendus, habillés de haillons aux couleurs rouges, prolongés par des fils de laine, tissent la trame de ces témoignages qui explorent les émotions fortes de ces femmes qui tricotent paisiblement. Des notes de piano ponctuent l’enchaînement des monologues comme la promesse sans cesse renouvelée d’un lendemain heureux. Les deux comédiennes sont confondantes et si touchantes en « mères veilleuses ». Christine Gagnepain, tout en tricotant, égrène ses souvenirs de mère avec le sourire de l’amour et de l’espoir. Captivante, elle parcoure avec aisance, les méandres poétiques d’un texte puissant. Raquel Iruzubieta est simplement touchante et douloureusement vraie. Elle donne ses lettres de noblesse aux personnages qu’elle habite avec sincérité et perfection. Cette pièce intelligente, généreuse et sensible est une belle déclaration d’amour sans détours. La pièce est publiée chez Alna Editeurs.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Les mères veilleuses (site web)
De Sylvie Chastain
Mise en scène Hervé-Bernard Omnes
Avec Christine Gagnepain et Raquel Iruzubieta
Jusqu’au 25 octobre 2009
Du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h
Théâtre de l’épée de bois
Route du Champ de manœuvre, 75012 Paris
Réservations : 01 48 08 39 74
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