La mère veilleuse Sylvie Chastain

La mère veilleuse Sylvie Chastain

Une déclaration d’amour

Née en 1955 à Paris, Sylvie Chastain est très tôt séduite par la parole écrite pour être dite. Après des études de philosophie (maîtrise auprès de Paul Ricoeur) et de Lettres Modernes, elle enseigne depuis 1979. Sylvie a écrit de nombreuses pièces de théâtre éditées par Alna, dont «Les petites filles de l’Aube », « Meurtre au Bonzaï », « Missives égarées », « Castigo, tyran des mouches ». Actuellement, sa pièce « Les mères veilleuses » est reprise au théâtre de l’épée de bois dans le cadre du festival « Un automne à tisser ». Une auteure débordante d’amour, dévore la vie et rend au théâtre toute la poésie qui lui revient.

Très tôt, vous vous êtes intéressée à la parole écrite. Qu’est-ce qui vous a amené vers le théâtre ?
« Lorsque j’avais 10 ans, avec des amis du quartier, on mettait en scène des auteurs comme Ionesco, sans trop comprendre ce que l’on faisait. Cela nous plaisait énormément, eux apprenaient le texte et moi je mettais en scène. Dès lors, je me suis dit que je voulais faire quelque chose dans ce genre de parole. Enfant, j’ai toujours écrit des petites choses et le théâtre a toujours été une passion en tant que spectatrice. J’ai épousé un comédien avec lequel je suis resté 20 ans. J’ai donc évolué dans le milieu du spectacle vivant, ce qui n’a fait que confirmer mon envie de faire du théâtre. Il y a 25 ans, j’ai écrit « Les petites filles de l’Aube » qui avait reçu un prix, puis j’ai laissé tomber l’écriture car j’ai été gravement malade. Lorsque mes traitements lourds et contraignants ont cessé, j’ai repris l’écriture théâtrale afin d’en faire quelque chose pour la scène. J’ai donc envoyé mes textes aux éditeurs et voilà comment s’est poursuivie l’aventure. Pour moi, le théâtre c’est le lien avec la vie. »

Pourquoi cette envie de parler de la femme en l’évoquant en tant que mère ?
« Sans doute parce que je suis mère moi-même. J’ai trois enfants que j’élève seule depuis onze ans et j’ai été confrontée à un quotidien très difficile. Lorsque vous êtes le seul référent adulte pour vos enfants, vous donnez beaucoup et vous constatez que tout est très fragile, qu’il peut y avoir une dérive à n’importe quel moment. Parler des mères c’est pour moi une grande métaphore de l’amour et l’amour sans limites. »

Vous vous êtes inspirée de faits divers pour écrire l’histoire de ces femmes dont vous parlez dans votre pièce ?
« J’avais été sollicitée pour être animatrice auprès de personnes sortant de prison ou s’y trouvant, et j’ai surtout été confrontée aux paroles des mères. J’ai d’ailleurs été sollicitée par une femme dont le fils était allé en Amérique à 16 ans et avait fait un carnage avec un autre garçon. Ils avaient tué une famille entière. Cette mère me disait qu’il fallait sauver son fils qui allait subir la peine capitale. Au-delà de l’aspect moral, je me disais qu’il fallait soutenir son enfant. J’ai vu un tel amour se dégager de cette femme que j’ai souhaité lui rendre hommage. Je me suis donc inspirée de cette histoire pour écrire un des monologues de la pièce. Les textes qui parlent de la prison sont inspirés de faits divers rapportés par des femmes avec lesquelles j’étais en contact écrit. L’amour constituait le trait d’union entre toutes ces femmes victimes du destin de leur enfant. Les autres monologues se sont construits avec un petit bout de moi dans chaque femme. Il y a un monologue qui est totalement autobiographique, c’est celui où la petite fille dit à sa mère « jure moi de ne pas mourir ». Ma fille m’a dit cette parole qui sauve à un moment de ma vie où j’étais gravement malade et où les traitements pour mon cancer étaient très contraignants. Cette parole naïve d’une enfant est avant tout pleine d’amour et renforce le lien entre une mère et ses enfants. Cette phrase vous raccroche à la vie lorsque vous êtes gravement malade. »

Comment s’est déroulée la rencontre avec la compagnie qui interprète votre texte ?
« J’ai mis mes textes sur des sites de théâtre comme n’importe quel auteur et un jour, Raquel, la comédienne qui joue dans la pièce, m’a demandé de lui envoyer le manuscrit des « Mères veilleuses ». Raquel a fait lire ma pièce à Hervé-Bernard Omnes qui a beaucoup aimé ce texte et nous nous sommes rencontrés. Nous avons tout de suite eu envie de travailler ensemble, c’était comme une entente immédiate. La mise en voix de mon texte m’a tout de suite séduite. »

Etes-vous intervenue au cours de la réalisation du spectacle ?
« Peu, car j’étais encore assez malade. J’aurai pu venir autant que je le voulais, mais j’ai trop le respect du metteur en scène et des comédiennes pour dire quoi que ce soit. Une fois que le texte a été écrit, il ne m’appartient plus, c’est un partage. »

Vous avez des projets d’écriture ?
« Oui, pas mal et il faut que je me mette au boulot. J’ai un projet pour lequel j’ai déjà le titre « Derrière l’usine y’a un étang », mais il me faut beaucoup de documentation pour l’écrire. Je voudrais parler de toute cette pression et de tous ces suicides qui se font dans le milieu professionnel. C’est toujours le côté humain qui m’intéresse dans ma manière d’aborder un sujet. En ce qui concerne « Les mères veilleuses » normalement le spectacle devrait tourner, en tout cas je l’espère. »

Les mères veilleuses
De Sylvie Chastain
Aux Editions Alna

Du 8 au 25 octobre 2009
Au Théâtre de l’épée de Bois
site web

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2 Commentaires »

  1. Françoise G a dit:

    Ma très chère amie
    Mon émoi est grandissant au fur et à mesure des découvertes de tes écrits, de ta VIE.
    Je sais qu’un jour je t’ai dit que tu seras reconnue en littérature et voilà que cela est réalité.
    Je remercie qui tu sais!
    Baisers tendres de ton amie fidèle qui te souhaite un parcours riche et long.
    Françoise

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  2. Sylvie C. a dit:

    Oh, merci ma chère Françoise ! Quel bonheur de te lire à mon tour !
    Bisous à toi et à tous les tiens sans oublier ton petit dernier, dont Claire, maman veilleuse s’il en est, peut être fière !

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