« Je suis toutes les femmes » aurait dit Dalida, mais Geneviève rêve d’être Catherine Deneuve !
S’habiller en Yves Saint Laurent, traverser la place Saint Sulpice en laissant un souvenir immuable à tout le firmament, Geneviève, qui attend beaucoup de la vie, se demande pourquoi elle aussi n’aurait pas le droit d’être une star. Un désir improbable, dans un société où le rêve semble n’être possible qu’au conditionnel pour Geneviève, qui préfère se jeter par la fenêtre. Une défénestration qui ne manque pas d’air, conduit la jeune fille sur le macadam où elle attrape plus de morpions que de clients. Rebaptisée Lola-Lola, comme la Marlène Dietrich de l’Ange bleu, une seconde chance lui est offerte et voilà qu’elle découvre les écrits, les films, la singularité de Rilke, de Duras, de Sartre, de Visconti et d’une somme étonnante d’autres talents. Mais cela ne suffit pas au bonheur de celle qui accepte finalement le prénom de Geneviève.
L’amour existe-t-il vraiment ?
« Il y a deux femmes en moi » et bien plus, comme le chantonnent le frère et la sœur. Tour à tour, Geneviève et Catherine Deneuve, Lola-Lola la pute ou Alice en mal de merveilles, Marie Notte, enchaîne les personnages. Tout comme son frère, à la fois souteneur cynique (Monsieur Victor) ou prince charmant indécis, les personnalités sont multiples dans un univers surréaliste. Et l’amour dans tout ça ? Il nous saisit d’un frisson de mélancolie lorsque l’on entend le chant bouleversant de la maman qui « aime à en crever ».
Parfait autodidacte, musicien, auteur dramatique, chanteur et comédien, Pierre Notte réalise une partition littéraire et musicale dans laquelle le théâtre trouve toute sa légitimité. Son cabaret se réfère aux écrivains, aux philosophes (Shakespeare, Nietzsche, Sartre), enfile les habits de lumière des gloires passées (Greta Garbo, Silvana Mangano, Grace Kelly) et mène une véritable course après des vies toujours plus belles, plus hautes mais qui s’échappent comme un « amant impossible ». Des mélodies simples, rythmées et chaleureuses (tango, bossa, folk, Brel ou Barbara) accompagnent des chansons espiègles (Je souris), des balades macabres (Une petite tombe), des complaintes désabusées (Les hommes puent) ou coquines (La Chanson de Marguerite), susurrées par des voix chaudes, émues et fragiles.
Un spectacle à se prendre les pieds dans le gazon qui jouxte le piano du maestro ou à exploser, libéré de toutes justifications, comme ce nain de jardin enfermé dans une cage. Entre les pets gracieux de la sœur et les œufs brouillés du frère qui enfume la salle, les mots, libres et fous, insufflent un vent de liberté sur toute la salle qui se laisse happée par un mouvement hélicoïdale de bonheur. Les écarts de langage sont nombreux mais d’une rare élégance et lâchés avec l’innocence de l’enfance. Le regard complice et espiègle, Marie et Pierre Notte, poussent la chansonnette avec toujours plus d’amusement et de poésie. Juste et touchante, Marie Notte, enchaîne les personnages et les chansons avec une voix irrésistible. L’homme de la maison, parcoure l’ensemble de la partition avec une joie immense et communicative, la candeur d’un enfant qui se serait fait gronder pour avoir manger trop de chocolat. Pierre Notte s’amuse avec son trio infernal, orchestré par le maestro Paul-Marie Barbier, un jeune musicien talentueux qui embrasse la folie des Notte, avec une tendresse assumée.
Un spectacle touchant, émouvant et plein d’amour dont le disque « J’existe (et je danse) » est disponible aux Editions Les Déchargeurs/le pôle music.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] J’existe (foutez-moi la paix)(site web)
Textes et musiques Pierre Notte
Arrangements Pierre Notte et Paul-Marie Barbier
Costumes Christian Gasc
Lumières Antonio de Carvalho
Son Clément Poisson
Régie lumière et son Hervé Coudert
Avec Marie Notte, Pierre Notte et Paul-Marie Barbier
Jusqu’au 21 novembre 2009
Du mardi au samedi à 20h30/ Dimanche à 15h30.
Théâtre du Rond Point
2, bis avenue Franklin D.Roosevelt
75008 Paris
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