In-I

In-I

Corps à corps

Juliette Binoche dégage une belle présence enracinée et spontanée, dans un pas de deux franc et charnel, parfois même rude.

L’envie, Juliette Binoche l’a. Envie de danser, d’envahir le plateau, mais surtout de se donner et de mettre son corps à l’épreuve, de l’éprouver à la force de grands sentiments. Vaillante, elle se confronte à un nouvel art, la danse, et se plaît à mouvoir son petit gabarit avec ardeur. Sans prétention, mais avec sincérité, elle s’essaie à un langage corporel qui lui va plutôt bien. Aux côtés de son partenaire Akram Khan, danseur et chorégraphe anglais, l’actrice part à la découverte de ce corps chamboulé par des émotions fortes et quelque peu éprouvé par une traversée gestuelle ancrée dans l’immédiateté, entre danse et théâtre.

©Tristram Kenton

©Tristram Kenton

A la croisée de deux arts
Qu’on ne s’y méprenne pas : In-I ne s’apparente pas à proprement à un spectacle de danse. On aurait tort d’y sonder l’esthétisme et la précision du mouvement chorégraphié à tout prix. Car on ne s’improvise pas danseuse, Juliette Binoche le sait. Dans ce spectacle proche du théâtre dansé, les gestes surgissent abrupts et denses, emplis d’une énergie spontanée et affranchie en quelque sorte d’une rigueur esthétique despotique. Et, c’est là tout l’intérêt de cette expérience, où le corps se libère pour se laisser envahir, sur le vif, par des émotions et sensations controversées, parfois crues. Celles d’un couple à la dérive. Ce sont deux corps qui ne se retiennent pas, vibrent, vivent, souffrent aussi. Le spectateur assiste donc à la rencontre de deux arts et de deux êtres, prétexte à une exploration du corps et de l’intime, intitulée d’ailleurs « In-I » (qui signifie « dans moi, à l’intérieur de moi »).

©Tristram Kenton

©Tristram Kenton

En ce sens, Juliette Binoche est convaincante. Portée par son sens de la dramaturgie, l’actrice s’appuie sur ce qu’elle a de plus précieux : sa présence. Elle offre une interprétation qui n’a rien de glamour ni de précieux. Elle ne fait pas la belle, au contraire. L’artiste se plante là, sans artifice. On aurait presque tendance à le regretter. Parfois. A tort : car cette performance témoigne d’une véritable urgence à envahir le plateau. Juliette Binoche a une façon très brute de s’y camper. Enracinée dans le sol, elle fait front, avec une certaine rudesse qui sied, somme toute, à la violence des sentiments amoureux à laquelle le couple déchiré se livre. Ce spectacle tient de l’expérimentation, c’est une sorte d’atelier laboratoire. Dommage qu’il faille que cela nous coûte un bras (de 42 € à 82 € la place !) pour y assister.

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In-I (site web)
Juliette Binoche et Akram Khan
Mise en scène : Juliette Binoche et Akram Khan
Décor : Anish Kappor
Musique: Philip Sheppard
Lumières : Michael Hulis
Costumes : Kei Ito
Théâtre Marigny
Carré Marigny, Paris 8e.
Jusqu’au 18 octobre, à 21h
Réservations : 0 892 222 333. Powered by Hackadelic Sliding Notes 1.6.4

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