De la résonance universelle des petites histoires. Berlin, compagnie de jeunes artistes flamands, développe depuis 2003 le cycle dramaturgique « Holocène » ; un nom au parfum de tragédie grecque qui désigne en fait notre époque géologique, et dont les deux comédiens et le designer vidéo du groupe s’emparent pour leur dernière proposition artistique. Quatre portraits de ville proposent une métaphore de nos sociétés, pour une aventure sociologique sur le terrain de la géographie humaine. Moscow, Iqaluit, Jerusalem et Bonanza : chacune de ces créations invite, sous des formes dramaturgiques plurielles, à découvrir un univers dont les spécificités ont vocation à parler d’universel.
Pour Bonanza, le groupe Berlin nous livre un portrait filmique, entre documentaire et balade poétique, de ce lieu de vie incongru, dont l’actuel décor bucolique donne peu d’indices de son passé sulfureux. Bonanza, Colorado, Etats-Unis : 7 habitants et 5 maisons, au pied des Rocky Mountains. De l’ancienne cité minière qui concentrait au siècle dernier une population de chercheurs d’or et de prostituées, peuplant les 36 saloons et 7 dancings, ne reste que l’ambiance d’une ville fantôme. On pourrait croire le lieu paisible et habité d’écolo-zens. C’est une toute autre réalité que l’on découvre par le biais de 5 écrans et d’une maquette. Les habitants s’adressent à la caméra, se livrent, racontent leur ville. A la place de l’univers attendu de tranquillité et de douceur de vivre, on pénètre un microcosme de comérages, jalousies, meurtres et accusations : bienvenue à Bonanza ! Un monde en miniature, comme l’affirme plusieurs de ses habitants ? L’admettre serait défendre une vision assez noire de la nature humaine…
On change d’échelle avec Moscow ; là, c’est une ville multi-millionaire qui est racontée par un échantillon voulu représentatif de ses habitants. Autre dispositif scénique également : 7 écrans actionnés par des acteurs ; un quatuor composé d’un pianiste et de 3 violoncelistes qui interprètent en direct la bande-son. Le tout est abrité par un vaste chapiteau rouge de forme ovoidal qui transporte le spectateur dans l’univers du cirque…Livrant avec ironie ou aigreur les turpitudes de leur vie quotidienne, les moscovites nous mènent au cœur du paradoxe de leur ville.
Si l’entreprise du groupe Berlin est audacieuse et accrocheuse, on reste un peu sur notre faim. C’est plaisant, certaines répliques font mouche, mais le fil directeur de chaque portrait semble parfois un peu artificiel : Moscou est-il un cirque ? La question posée aux habitants de la ville relève davantage d’un postulat des artistes qui oriente les discours que d’une démarche permettant l’expression d’un ressenti sincère des espaces vécus.
Quant au fil rouge qui sous-tend la trame narrative de Bonanza, Bonanza, un monde miniature, il a un goût de leçon donnée sur le genre humain mal venu. En tentant de toucher l’universel par la petite histoire, le groupe Berlin se perd parfois dans des raccourcis caricaturaux. Reste cependant le charme d’une méthode interdisciplinaire et d’une démarche documentaire qui donne à voir au spectateur des images filmées in situ. Si « Holocène » est une belle entreprise, elle peine parfois à atteindre son but.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Cycle « Holocène » Moscow, Iqaluit, Bonanza, Jerusalem (site web)
Groupe Berlin (Bart Baele, Yves Dehryse, Caroline Rochlitz)
Du 02 au 10 octobre 2009 : Paris, Théâtre de la cité / Fondation Cartier / Ferme du Buisson.
Du 10 au 17 octobre 2009 : Bordeaux, TNBA
Square Jean Vauthier – 33031 Bordeaux
www.tnba.org
05 56 33 36 80
Le 18 octobre 2009 : Autriche, Graz / Steirischer herbst
Du 25 au 26 octobre 2009 : Norvège, Bergen / Teatergarasjen
Du 05 au 07 novembre 2009 : Belgique, Hasselt,Theater op de Markt
Du 05 au 06 décembre 2009 : Bruxelles / Halles de Schaerbeek
17 décembre 2009 : Caen / Transat Vidéo
23, Rue Paul Doumer-14000 Caen
Réservations: 02 31 50 03 70[/slider]














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