Edouard, un provincial zélé, pense sonner chez la Dubarroy, une demi-mondaine, et fait la connaissance de Lucie pour qui il bat les coussins. Un homme parle tout seul affirmant qu’il déteste les monologues. Quelle idée d’apprendre « Le Corbeau et le Renard » alors que cette fable de La Fontaine parle d’animaux. Henriette et René préfèrent se marier pour avoir la belle vie. Lorsqu’il s’agit d’annoncer un décès en pleine nuit, la moindre des choses est de ne pas se tromper d’adresse, surtout lorsqu’il est 4 heures du matin et que Monsieur rentre du bal des Quat’zarts. Une série de quiproquos qui, de la leçon de piano, s’achemine sur la pointe des pieds jusqu’au domicile conjugal d’Yvonne et Etienne, mettant à l’honneur un Feydeau dépoussiéré.
Dans le mille
Gian Manuel Rau s’empare du vaudeville, auquel Feydeau a donné ses lettres de noblesse, pour faire œuvre de restauration. Il exploite la dimension angoissée et hystérique des personnages, autant que le sens du rythme et de la farce pour rendre, à une partition ciselée, sa musicalité raisonnante. Les répliques fusent comme des fléchettes visant leur cible sans détours inutiles et garantissent ainsi, un effet comique montrant que les rouages de la mécanique théâtrale de Feydeau fonctionnent à merveille lorsqu’ils nous entraînent vers l’absurde. Une mise en scène exigeante constitue le pendant d’une scénographie épurée, élégante et précise. Les décors suspendus, montent et descendent sur un plateau réduit à sa plus simple expression, pour lequel seuls les accessoires comptent. Un piano à queue et un canapé poussiéreux, occupent une partie de la scène puis font place à quelques chaises de petite taille qui ne tardent pas à être évincées par un lit rabattu dans un meuble de rangement et un portant circulaire débordant de vêtements féminins.
Le jeune metteur en scène a fait appel à des comédiens d’envergure pour interpréter cette partition exigeante qui débutant avec Schubert, s’aventure sur les chemins surprenants de la musique électronique, du chant et de l’utilisation de l’onde Martenot pour composer un univers sonore riche et divers. Dans un tel contexte, comment ne pas résister à la délicieuse Léonie Simaga (Lucile et Annette) drôle, fine et inattendue tout comme Anne Kessler (Henriette et Yvonne) aérienne et touchante dans des rôles tout à fait opposés. Laurent Stocker (Edouard, René et Lucien) impulse, l’air de rien, une dimension comique puissante qui fédère le jeu de ses camarades dont Christian Hecq (Baptiste, Ernest et Joseph) s’empare avec une justesse d’exception.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Quatre Pièces (site web)
De Georges Feydeau
Mise en scène de Gian Manuel Rau
Dramaturgie et ondes Martenot Iva Sanjek
Scénographie Anne Hölck
Costumes Gwendolyn Jenkins
Lumières Gian Manuel Rau
Création sonore François Thuillard
Décors Ateliers Un point Trois
Avec Anne Kessler, Laurent Stocker, Léonie Simaga, Christian Hecq,
Jusqu’au 25 octobre
Du mercredi au samedi à 20h, mardi à 19h, dimanche à 16H00.
Théâtre du Vieux Colombier
21 rue du Vieux-Colombier, 75006 Paris
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bravo onde martenot! formidable…