Une République agonisante
pySaturne doit tuer son enfant, « La République », éprouvée par les trop nombreux journaux gratuits et quinzaines commerciales. Cette mort entachée d’une encre diluée par une contemporanéité dévastatrice, est annoncée avec nostalgie, celle d’une certaine France, d’une République qui a donné son nom au journal que les enfants du vieux patriarche n’ont pas la force ou la volonté de sauver. « Pauvre vieux lyrique ! Je meurs et je suis chassé de mon rêve. » La fin de Saturne c’est aussi celle de son journal pour lequel l’abdication est collective. « La République » est presque morte et avec elle une certaine façon d’écrire l’Histoire, d’envisager le présent non par le prisme de la dictature médiatique mais par le lyrisme d’une France où l’écriture et la géographie semblaient faire corps. Mais cette France là paraît incapable de se réinventer faisant l’apologie de sa médiocrité et enfantant des crétins sombrant dans un mutisme étourdissant de vacuité créatrice. Les rejetons du paternel sont les héritiers indignes de « La République », de ce qu’elle est devenue dans son plus triste témoignage. Saturne reconnaît la vérité de son legs en Ré, son fils illégitime qui a perdu sa main droite pour lui. L’Histoire va se poursuivre avec Ré, par lui, au prix d’une tragédie qui mêle le sang au sexe et la fatalité à la déraison.

« Sortir des apocalypses »
La mort de « La République » et par là-même, celle de Saturne, annonce-t-elle la fin des temps ? La réécriture d’un mythe auquel procède Olivier Py consacre la destruction d’une famille autour d’un legs transmis dans le bruit et la fureur de l’inconnu. Cet avenir incertain, auquel l’auteur soumet ses personnages, compose une partition dont la poésie demeure récurrente et rappelle cette vérité simple et chère à Olivier Py « nous sommes toujours plus nombreux que nous le croyons à aimer le présent ». Cette œuvre sombre éclaire les chemins sinueux que l’Histoire invente pour assurer une continuité légitime. « Sortir des apocalypses » sans faire l’économie des mythes fondateurs de nos civilisations afin de mieux dessiner un présent fort d’une mélancolie d’où naît l’action, « Les enfants de Saturne » s’emploient à transmettre ce message chargé d’espoir et de poésie.

Ecrivain, metteur en scène et comédien, Olivier Py monte ses propres pièces depuis 1988 avec sa compagnie, L’Inconvénient des Boutures. Directeur du CDN d’Orléans-Loiret-Centre de 1998 à 2007, il a aussi monté de nombreuses pièces (dont l’intégrale du « Soulier de satin » de Claudel en 2003) et opéras. Il est, depuis le printemps 2007, directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe à Paris.
« Les enfants de Saturne » seront représentés au Théâtre de l’Odéon du 18 septembre au 24 octobre 2009.

Les enfants de Saturne
D’Olivier Py
Actes Sud
18 rue Séguier, 75006 Paris
site Internet