Le théâtre de l’Opprimé résiste

Le théâtre de l’Opprimé résiste

Depuis sa création, l’engagement au théâtre a eu plusieurs porte-paroles, théoriciens, auteurs ou acteurs. Ici, c’est le théâtre lui-même qui est engagé. Engagé politiquement dans le monde, dans l’Histoire. Engagé dans ses convictions car le théâtre est aussi politique comme aime le rappeler Rui Frati, le directeur du théâtre de l’Opprimé. Au théâtre de l’Opprimé, c’est plus qu’un parti pris, c’est une vision du théâtre.

opprimé koumintan

Le public devient spect-acteur
Bien sûr chaque année, le théâtre de l’opprimé propose, une programmation riche et variée de spectacles contemporains et classiques. Mais c’est aussi un théâtre qui descend de son tréteau, traverse la rue et va vers l’Autre, l’oublié, la victime ou « l’opprimé ». La méthode Boal, du nom de son créateur Augusto Boal qui en a défini en 1974 les axes dans son livre « Le théâtre de l’opprimé », invite le public à être spect-acteur. Un spect-acteur qui peut dire « stop ! » lors d’une scène de théâtre et intervenir directement pour se mettre à la place de « l’opprimé » et proposer un autre choix. De passif, il devient actif et prend part au dénouement de l’histoire. C’est le concept même du théâtre-forum dans lequel des personnes désirant trouver une autre voie à leurs propres conflits, les jouent sur scène pour les vivre ou les faire vivre différemment. Cette mise en situation permet ainsi d’éviter une issue qui peut devenir malheureuse.

Le théâtre au Burundi

Le théâtre au Burundi

Hors les murs
Le théâtre de l’Opprimé va vers l’Autre et l’Ailleurs. L’Autre, c’est, par exemple, un groupe de séropositifs, ou de femmes subissant des violences conjugales, un groupe de syndicalistes italiens, des burundais dans leur pays, des surveillants de prison… L’Ailleurs, c’est l’Italie, le Burundi, le Maroc, Taïwan, les pays d’Amérique Latine et la France. Rui Frati et sa troupe de comédiens voyagent dans le monde, bagages en main, méthode sur le cœur, pour amener le théâtre dans la vie de gens en difficulté. Non pour qu’ils le découvrent comme un Art en soi mais plutôt comme une aide, une thérapeutique et non une thérapie comme aime à le souligner Rui Frati. Le théâtre devient ainsi un élément fédérateur dans leurs vies, une source dans laquelle les intervenants peuvent arriver à exprimer leur souffrance. Le théâtre avec ses mises en situation délivre la parole, libère les corps. Il devient un porte-voix pour des gens en détresse. En jouant leur propre situation ou en la faisant vivre, la conscience de « l’opprimé » s’éveille, la parole prend forme, le corps s’habille d’une enveloppe. Le temps théâtral devient un temps d’action et de réflexion. La scène, un terrain de jeu où la fiction habille la réalité de courage et de raison.

stage au Maroc avec les détenus

stage au Maroc avec les détenus

Le théâtre dans la Cité
Le théâtre devient ainsi politique, dans son étymologie première, qui consiste à s’occuper des affaires de la Cité, qui est l’axe de travail du théâtre de l’Opprimé. Ainsi, ce théâtre a organisé des rencontres entre jeunes dirigeants d’entreprises et séropositifs sur le thème de l’exclusion au travail. Il a aussi mené des stages au Maroc entre de jeunes détenus et des surveillants de prisons. Et puis, le Burundi, dans lequel en Juillet 2001 le théâtre de l’Opprimé a monté un théâtre-forum à Gatabo qui a permis à des burundais de mettre des mots, une gestuelle, un langage sur le génocide de 1972, encore aujourd’hui oublié. Rui Frati nous confie « Quand je vais au Burundi, si je commence à essayer d’interpréter la situation que vivent les personnes que je rencontre, je fais une erreur énorme. Je viens avec ma méthode. Ou sinon, on crée une sorte de colonialisme. Je viens avec ma méthode et eux transforment cela dans un outil qui leur appartient ».

Au théâtre de l’Opprimé, la volonté est le vivre-ensemble, le vivre-mieux. Rui Frati nous le rappelle sans cesse. Les mises en situation dans le théâtre-forum sont réelles. « Nous travaillons sur le présent en essayant de changer les relations qui existent entre les gens ». Le présent c’est une situation intenable ou un conflit qui perdure entre des groupes ou des personnes. Ce théâtre du « Présent » est un théâtre où chacun a le même poids, la même gravité. Ici il n’y a pas de premier ou de second rôle. Il y a des protagonistes et des antagonistes. Rui Frati s’interroge : « Comment arriver à la notion du « Nous » sans perdre la notion du « Soi-même » et de « l’Autre » ? ». L’objectif du théâtre de l’Opprimé est de faire vivre côte à côte « Pile » et « Face » pour qu’ils se cherchent, se regardent et se comprennent.

Lignes parallèles

Turandot à l'affiche jusqu'au 11 octobre

Turandot à l'affiche jusqu'au 11 octobre

Augusto Boal remettait en cause le théâtre conventionnel aristotélicien avec la règle des trois unités, théâtre qu’il considérait d’oppression. En rendant le public « spect-acteur », il propose par sa méthode de faire entendre la voix des victimes, des opprimés sans que celle-ci soit brouillée ou entachée. Rui Frati avoue ne pas aimer le terme d’opprimé qui renvoie selon lui à une définition un peu figée.

Le théâtre de l’Opprimé est un théâtre où artistiquement, le rôle dévolu aux comédiens est moins marqué, moins centré que dans le théâtre conventionnel. Ici, on raconte une histoire, on vit une situation réelle. L’important n’est pas le personnage dans son rôle mais la personne dans son histoire. Une histoire qui rejoint d’autres chemins et d’autres directions quand la personne dans le public se lève enfin et entre en scène.

Le Théâtre de l’Opprimé
78-80, rue du Charolais, 75012 Paris
Tél. : 01 43 45 81 20
site web

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