Quand l’illusion au théâtre devient réalité… Pasolini s’est inspiré de « La vie est un songe », écrite en 1636 par Pedro Calderon de la Barca pour écrire cette pièce. Ce dernier avait utilisé dans « La vie est un songe » le procédé du théâtre dans le théâtre pour rendre illusoire la réalité du théâtre. Dans « Calderon », écrite en 1967, Pasolini reprend la trame, fait côtoyer la folie avec le quotidien et par l’illusion, fait tourner la tête à la réalité.

Rosaura se réveille trois fois dans trois mondes différents, en riche héritière, en prostituée, puis en femme de classe moyenne. A chaque réveil, Rosaura ne se reconnaît pas dans le monde dans lequel elle est projetée. « Mais où suis-je ? » crie-t-elle d’effroi, « Dans ton lit » lui répond-on à chaque fois. Mais qui sont ces gens se disant de sa famille ? Et que lui veulent-ils ? Et quel est ce monde dans lequel elle vit ?

CALDERON

Quand l’illusion arrive à tromper le théâtre…
La pièce est un ensemble de tableaux différents transportant le spectateur dans une kyrielle d’univers et d’atmosphères. Là, les personnages évoluent entre différents univers sonores, musicaux. Ici, ils traversent différentes époques. Le spectateur est pris à rebrousse-poil. La pièce est composée de scènes originales. Ainsi, dos au public, deux comédiens utilisent une caméra qui projette leurs images sur une télévision située face aux spectateurs. Le décalage est ainsi opéré. Décalage de scène, de lieu et de temps comme si le temps théâtral était nié, aboli un moment pour faire émerger un nouveau temps, celui de la communication moderne où l‘image est reine.

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L’humour est au rendez-vous. Dans un jeu très prononcé, les comédiens plantent des personnages décalés les uns par rapport aux autres. La famille semble déchirer par une folie souterraine. Rosaura devient le symbole d’une contestation larvée contre une époque. Une belle scène de nu apparait avec la mise en rapport de deux personnages dans leur intimité profonde. Nulle pudeur et nulle impudeur. Un équilibre juste dans lequel le corps est mis à nu sans que cette nudité ne vienne perturber l’équilibre émotionnel. Les mécanismes du théâtre sont démontés par le biais de « Celle qui parle au nom de l’auteur », un personnage qui intervient par intermittence pendant le spectacle.

C’est une pérégrination dans le temps et dans l’espace. Un rapport au temps qui fait que le jeu des comédiens évolue dans différentes époques parle biais de différents personnages. Le pari est difficile et tenu avec beaucoup de talent. Le tableau « Les Ménines » de Vélasquez est un élément important de la scénographie. Ce tableau, peint en 1656, interroge le lien entre réalité et illusion. Le décor est important dans ce sens. Décor composé entre autres par un rond, tracé sur le sol, habillé de pétales d’or argentées symbolisant le monde de Rosaura. C’est un voyage dans le théâtre de Pasolini, beau, cru et poétique. Un spectacle bien agencé avec une belle mise en scène originale qui n’a pas peur de bousculer les mécanismes du théâtre pour faire voyager le spectateur entre illusion et réalité.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Calderon (site web)
Texte de Pier Paolo Pasolini
Traduction de Michèle Fabien
Compagnie Les Ex-citants
Mise en scène de Clara Chabalier
Avec Fanny Fezans, Maïa Jarville, Constance Larrieu, David Lejard-Ruffet, Ludovic Perez, Marie Plouviez, Samir El Karoui.

Jusqu’au 20 septembre
Du mardi au samedi à 20H30 et Dimanche à 16H00
Réservation : 01 48 08 39 74

Cartoucherie – Théâtre de l’Epée de bois
Route du Champ de Manœuvre, 75012 Paris
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