Déçu par une bourgeoisie qu’il pensait porteuse de progrès mais qui se borne à imiter superficiellement l’aristocratie décadente, Goldoni fustige ses travers (le jeu, les caprices de la mode, les mariages intéressés, le goût pour les ragots), dont la folie pour les villégiatures somptueuses est le plus ridicule et le plus significatif, et dénonce sa soumission aux conventions sociales, son obsession de la réputation et sa volonté de paraître.

Ces travers aboutissent au drame de Leonardo qui se retrouve ruiné à force de vivre au-dessus de ses moyens pour tenir son rang, et surtout à celui de Giacinta qui doit sacrifier son amour à l’ordre social. Les trois pièces qui composent cette trilogie vont de la comédie au drame sérieux, du rire à l’émotion profonde. Si « La folie des vacances » est une comédie trépidante et désopilante, « Les amours de vacances » nouent un drame qui devient déchirant et le « Retour de vacances » est une pièce sombre et désenchantée. C’est l’aboutissement de la réforme de la comédie italienne voulue par Goldoni, qui tend vers le drame bourgeois et ne cherche plus à faire rire mais est capable de parler de la vie sur tous les tons.

Photo 1 trilogie

Crédit photo Svend Andersen

Une pièce en trois tableaux

Ecrite pour le théâtre San Luca en 1761, la trilogie de la Villégiature fait partie de la période la plus éclatante de l’œuvre de Goldoni, qui maîtrise alors pleinement le genre de la « comédie nouvelle » qu’il a mis dix ans à forger. Elle se compose de trois pièces autonomes mais est conçue comme une seule pièce en trois actes. Elle s’étend sur tout un été dont le mouvement accompagne la vie et les sentiments d’un petit groupe de bourgeois de Livourne, partant en villégiature dans l’excitation des premiers beaux jours (La folie des vacances), passant leurs temps en jeux et commérages, dans la chaleur lourde et la lascivité où naissent des amours impossibles (Les amours de vacances), puis rentrant inquiets et ruinés se calfeutrer chez eux à l’approche du froid (Retour de vacances).

Crédit photo Théâtre Vivant

Crédit photo Théâtre Vivant

Carlotta Clerici traduit et met en scène l’œuvre de Goldoni avec une intelligence fine et délicate qui saisit l’essentiel de cette trilogie en opérant des choix judicieux dans le découpage du texte. Traduisant la pièce de 1761 avec un vocabulaire d’une contemporanéité saisissante, Carlotta Clerici ne s’éloigne pas pour autant de la construction littéraire originale de l’œuvre. Ici, il n’est pas question de commedia dell’arte, les situations comiques existent mais à l’ombre d’une peinture sociale très subtile qui met en relief la complexité des rapports entre les personnages. Il est souvent permis de dire que Goldoni annonce Chekhov et Carlotta Clerici peut se féliciter d’en maîtriser les secrets dramatiques. Trois lieux différents pour représenter une trilogie en trois temps permet à Carlotta Clerici de s’approprier les lieux du Théâtre du Nord Ouest avec une élégance et une simplicité qui font la richesse de ces mises en scène fortes et saisissantes. Un salon de ville dans la petite salle, un salon de vacances dans la grande salle suffisent pour permettrent aux personnages d’exister dans leur dimension la plus fortement dramatique. Chaque espace est exploité avec cohérence et se fait l’écho d’une mise en scène millimétrée et exigeante. Les répliques se chevauchent, les personnages se croisent sans jamais se gêner, ce qui donnent à l’ensemble de la composition une dimension à la fois intimiste, aérienne et élégante.

Les comédiens sont d’une justesse irréprochable, occupant l’espace avec évidence dans un décor sobre qui donne à la représentation des accents naturalistes. La belle et jeune Giacinta (Rebecca Aïchouba) excelle dans le naturel d’un personnage pour lequel il est pourtant facile de tomber dans la caricature. Tout comme Simon Gleizes, masculin et séduisant, qui interprète un Leonardo touchant de sensibilité et de sincérité, accompagnant ses camarades de jeux dans une réel partage scénique dont les protagonistes peuvent tous se féliciter d’un talent avéré.

Certes, Giorgio Strehler a monté « La trilogie de la Villégiature » en 1978 dans son intégralité, mais depuis il s’est écoulée quelques décennies qui permettent de découvrir, aujourd’hui, une belle création comme celle de la compagnie du Théâtre Vivant.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] La trilogie de la villégiature(site web)

De Carlo Goldoni

Traduction, adaptation et mise en scène Carlotta Clerici

Décors, costumes Philippe Varache et Maud Schneider

Avec Rebecca Aïchouba, Laurent Benoit, Isabel de Francesco, Benoït Dugas, Yvan Garouel, Manon Gilbert, Simon Gleizes, Pascal Guignard, Muriel Lemaire, Nathalie Lucas, Jean Tom, Andrea Torres Gilbert, Florence Tosi, Günther Van Severen ou Gaëtan Guilmin,

Calendrier des représentations

Pièce I à 17h00, pièce II à 19h00, pièce III à 20h45

Jeudi 20 et 27 août, vendredi 21 et 28 août, jeudi 10, 17 et 24 septembre, jeudi 1er octobre

Pièce I à 14h30, pièce II à 17h00 pièce III à 19h00

Dimanche 23 août

Pièce I à 19h00, pièce II à 20h45, pièce III à 22h30

Vendredi 4, 11 et 18 septembre, vendredi 2 octobre

Théâtre du Nord Ouest

13 rue de Faubourg Montmartre, 75009 Paris

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