Absurde ?… vous avez dit absurde ?

HanokhLevinDes saynètes qui saignent d’absurde, transpirent d’humour et suent de non sens.

« Douces vengeances et autres sketchs » est un recueil de sketchs, à un, deux ou trois personnages. Ils sont au nombre de quatorze avec « Douce vengeance », « Si j’étais vous », « En attendant le Messie », « La vieille de Calcutta », « Dani chéri », « Le mari qui rétrécit », « Grande angoisse », « Au bout de trente ans », « Devant la porte », « Poids plume », « Débat existentiel », « Potroush », « Le chef d’état major de l’armée chinoise » et « L’erreur ». Ils sont extraits de « Scier ma femme en deux, je peux le faire aussi » (1975) et « Le gigolo du Congo » (1989).

Les sketchs sont plus hétéroclites les uns que les autres. Entre autres exemples, nous avons un professeur de médecine jouant le balayeur pour se faire humilier par les patients et pouvoir se venger ensuite sur sa table d’opération. Ici, c’est une femme qui remet, entre autres, en cause l’existence de l’Australie. Là, ce sont trois névrosés qui déroulent leurs peurs et leurs phobies. Plus loin, c’est un homme brillant qui devient du jour au lendemain d’une médiocrité absolue suite à une erreur d’appréciation générale. Ou une vieille femme israélienne qui est contactée par les autorités chinoises pour devenir chef de l’état major de leur armée.

Du théâtre hors-bord !!
Dans son théâtre, Hanokh Levin empoigne l’absurde à pleines répliques. D’une situation anodine, il en exploite les filons les plus secrets pour en tirer un suc dans lequel viennent s’engluer des situations au premier abord banales mais que l’auteur monte en épingle pour en bousculer les règles et en tirer toute la quintessence dans son absurdité la plus achevée. Et si le monde était aussi absurde qu’on le souhaitait, tel pourrait être le credo d’Hanokh Levin.

Avec un humour relevé, jouant de situations plus rocambolesques les unes que les autres, il nous invite à un voyage dans lequel le bon sens est orphelin, l’humour roi et la raison absente. D’un style direct, précis, mêlant des dialogues charnus ou épurés, simples ou charpentés, Hanokh Levin ne se prive d’aucun détour pour faire aboutir le non sens sur un grand boulevard et le bon sens dans une impasse.

Le mot est pris à la lettre, la situation au dépourvu, tout est sujet à rebondissements. Les personnages sont des plus communs mais au détour d’une remarque, d’un mot ou d’une attitude, la situation s’inverse, les repères se bousculent. Le bon sens n’est pas la chose la mieux partagée dans le théâtre de Levin.

Il est né à Tel-Aviv en Décembre 1943 et est mort d’un cancer en août 1999. L’auteur est très éclectique et a composé de nombreux sketches, chansons, textes en prose, poèmes, et plus d’une cinquantaine de pièces de théâtre qu’il a, pour la plupart, mis en scène. Il accède à la notoriété avec « Reine de la salle de bains » monté à Tel-Aviv par son frère David Levin en avril 1970 qui fait scandale. Le spectacle est retiré de l’affiche.

Hanokh Levin ou l’art et la manière de rendre l’absurde aussi normal et banal qu’un sucre dans un café.

Douce vengeance et autres sketches
Aux Editions théâtrales
D’Hanokh Levin
Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz
http://www.editionstheatrales.fr