Des horizons au long cours

visuelincendiesUne tétralogie poignante dans laquelle les morts côtoient les vivants à la recherche de leur identité acheminant le lecteur vers des horizons au long cours. Du conte au récit initiatique, la force des mots lève le voile sur le poids de la douloureuse filiation que supportent les personnages des pièces de Wajdi Mouawad.
« Littoral » engage Wilfrid dans une marche funèbre en l’honneur de son défunt père. De retour dans son pays natal, il part sans le savoir, à la recherche du fondement même de son existence et de son identité. Mais ce coin du monde est dévasté par la guerre, ses cimetières sont saturés de vies volées par l’horreur de la violence, et les proches du père de Wilfrid, rejettent sa dépouille.
« Incendies » consume la quête de Jeanne et Simon à la recherche de leur père qu’ils croyaient mort et qu’ils découvrent vivant. Le passé douloureux d’une mère disparue se révèle par bribes tout au long du voyage de ses deux enfants.
Lou, jeune héroïne de « Forêts », adolescente révoltée et éprouvée par sa famille découvre une amitié exceptionnelle que lui a donné la vie le jour où une femme se sacrifie pour que son amie enceinte survive à sa place. Dès lors, Lou est elle aussi confrontée au passé de ses ancêtres.

Le poids de la filiation
L’éternelle filiation qui tisse le fil anodin du devenir des uns et des autres, creuse le sillon de la mémoire dans une langue charnelle, contemporaine et extraordinairement touchante. Wajdi Mouawad provoque un déluge d’histoires tout au long de cette tétralogie pour laquelle il est nécessaire d’avoir des repères. Malgré quelques longueurs, la force des mots et la sensibilité des personnages portent les histoires contées sur les chemins improbables du rite d’initiation. L’auteur nous propose un théâtre de l’intime aux formes épiques, il brasse l’histoire dans toute sa complexité et lance des histoires de vies dans le tourbillon des haines et des guerres. Mouawad invite le lecteur à une exploration géographique d’espaces magiques où les vivants et les morts errent dans une immuable fraternité, où le conte enchanté a des allures d’essai philosophique, où l’humour se fait tantôt sombre, tantôt récréatif. L’auteur propose une composition aussi surprenante qu’imprévisible, simple, directe, parfois vulgaire, poétique et fine. Bavarde et parfois déroutante, cette écriture porte les stigmates des blessures de la vie, arborée d’une forêt généalogique où le merveilleux tout comme l’insoutenable réalité, constituent le décor.
« Littoral, Incendies, Forêts » font partie d’une tétralogie « Le sang des promesses », cycle de théâtre tragique en mode majeur, largement accueillie à l’aube du XXIe siècle. Né au Liban, Wajdi Mouawad a vécu à Paris, puis longtemps à Montréal avant de revenir en France. L’auteur, dont le succès fut consacré en Avignon, déclare vouloir arrêter le théâtre pour se mettre à la peinture d’ici peu. A défaut de lire ses pièces, nous contemplerons ses toiles… Affaire à suivre…

« Littoral » « Incendies » « Forêts »
De Wajdi Mouawad

Actes Sud
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