146 jours de voyage, 103 représentations dans 16 pays différents ont entraîné une troupe de comédiens sur les routes d’une actualité cruelle et saisissante. Le quotidien de cette troupe en tournée met en relief toutes les caractéristiques éthiques et artistiques qui la traversent et l’animent par ses tensions, amours, disputes, réconciliations, complicités, discussions… Dans les loges où une parole crue libère le tabou d’un langage théâtralisé, les comédiens affrontent la mort, les supplications de cette femme violentée par une chèvre, les lèvres encore luisantes et fraîches d’un sexe dévasté. La différence, en accueillant cette jeune japonaise à propos de laquelle les comédiens ne peuvent faire l’économie des remarques stéréotypées sur l’Asie. Les photos, extraites d’un reportage qui témoigne de l’horreur de la guerre, interrogent inéluctablement la troupe inquiétée par la fragilité des étais qui tient encore le monde debout. Trouvant la maison des cerfs, « gardiens de l’avenir », ils s’y abandonnent charriant avec eux toutes les interrogations à propos d’une violence bouleversante qui secoue l’Europe.
Interpréter le présent
« La Maison des cerfs » constitue la troisième partie du triptyque que Jan Lauwers a édifié avec sa troupe, la Needcompany. Après « Sad Face / Happy Face » et le « Bazard du Homard », « La Maison des cerfs » aborde le présent avec une acuité vertigineuse. L’auteur touche à l’essence même du théâtre dans la mesure où il conçoit le présent de deux façons. Le présent du monde qui nous entoure avec ses valeurs politiques et historiques et le présent du monde que nous percevons quand nous regardons quelqu’un et qu’il se sent observé. La mort du journaliste Kerem Lawton, frère de la danseuse Tijen Lawton, inspire l’écriture de cette pièce qui aborde cette mort tragique comme une mise en lumière de tous les évènements périphériques qui touchent leur intimité alors qu’ils parcourent le monde avec leur mots, leurs interrogations, leur jeu, et l’art dont ils se font l’écho chaque soir sur scène. L’art tombe systématiquement sous les plis de l’histoire mais n’influence pas pour autant les évènements. L’art procède pourtant d’une nécessité absolue ce qui rend l’aventure encore plus mystérieuse et dérangeante. Cette pièce d’une cruauté parfois anxiogène et portée par l’élégance des mots et la simplicité avec laquelle ils sont livrés.
Né à Anvers en 1957, plasticien de formation, Jan Lauwers fait ses débuts au théâtre en 1979 avec le collectif artistique Epigonentheater zlv. Il s’est surtout fait connaître avec la Needcompany fondée à Bruxelles en 1986. Dès « Need to know » en 1987, son théâtre intègre arts plastiques, danse, musique, vidéo, textes et langues multiples. Le spectacle sera donné en Avignon les 13, 16 et 17 juillet 2009 à Châteaublanc – Parc des Expositions.
La Maison des Cerfs
De Jan Lauwers
Texte français de Olivier Taymans
Editions Actes Sud
18 rue Séguier, 75006 Paris
http://www.actes-sud.fr/












“Cette pièce d’une cruauté parfois anxiogène et portée par l’élégance des mots et la simplicité avec laquelle ils sont livrés”. Sans doute, si l’on s’en tient strictement au texte et qu’on laisse sa propre imagination faire le travail d’illustration nécessaire pour toute pièce de theatre. Hélas, la réalité vue par le propre auteur de la pièce est différente et s’éloigne beaucoup de ladite “simplicité”. Bavardage, longueurs, trop-plein scénique viennent perturber la réception. C’est dommage, tant “La Chambre d’Isabella” avait pu être une vraie réussite. Il est dangereux – voire anormal – de ne juger un texte dramatique que sur le texte, justement.