Quand la musique roule un patin au théâtre
La vie est tout sauf un long fleuve tranquille. Surtout quand il dévale le torrent agité du Rock n’ Roll.
Au sortir d’un concert, Gus rencontre Léa. C’est une rencontre flash, rapide. Elle n’a nulle part où aller, lui n’a personne à aimer. Elle le vouvoie, ce qui ne lui était jamais encore arrivé, et lui chante une chanson. Conquis, il tombe amoureux. Vite fait, bien fait, ils font ménage à deux. Pas habitué à l’amour et au vivre à deux, la vie de Gus change. Fini les haricots en conserve et le blues en solo. Ils vont profiter de l’instant présent. Ensemble, ils vont vivre une existence semée d’embûches, d’amour et de musique.
La mise en scène fait une large place à la musique, avec Jeff Bailey, le héros de nos deux amoureux. Autour du théâtre de Xavier Durringer où la violence et la crudité des mots est si caractéristique, le metteur en scène, Christophe Luthringer, a transporté la fable dans un monde de son et de musique. Le rêve semble coucher avec la réalité quand Gus emmène à son volant et sur une route Léa. Quand son héros de boxeur se retrouve KO dans les deux premiers rounds faisant la joie de Léa et l’humiliation de Gus. C’est une vie rêvée mais non de rêve avec son lot de soucis financiers, d’emploi et de logement. Mais nos deux amoureux vivent l’instant présent comme le dernier, comme si l’avenir n’existait pas. Ou pas encore.
Ex aequo
La violence des mots et des situations fait corps avec la musique. Mais les mots sont tenus en laisse par l’amour et la tendresse. Les comédiens, Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps, sont dans un mouvement continu entre violence et tendresse. Tel un balancier. D’un sentiment à l’autre. D’un état à l’autre comme si la vie fluait et refluait sans trop se départir de ces deux tensions. Le jeu de Sandrine Molaro est tout en tendresse avec une pointe de force contenue telle une équilibriste sur un fil. Le jeu de Gilles-Vincent Kapps est tout en puissance mais sous-tendu par une fluidité et un fond de sensibilité derrière chacune de ses répliques. Elles sont dites de façon très rapide dans une diction parfaite. Un jeu passant d’une nervosité contenue à une sensibilité à fleur de peau. De la tendresse, à la révolte, de la tristesse à la joie. Le jeu des comédiens est plein, entier, habité du début jusqu’à la fin. Aucune réplique ne souffre de demi-mesure. Les deux comédiens font corps.
La mise en scène est simple. Sans fioriture. Directe. Avec des décors amovibles. Cependant, Christophe Luthringer, avec la qualité des comédiens qu’il avait, aurait pu prendre plus de risque. Il a proposé une mise en scène qui collait, avec quelques pieds de nez musicaux, à un texte dont la crudité et le style font la force de Xavier Durringer. Toutefois, il a réussi à en faire ressortir une touche de tendresse donnant au spectacle une ambivalence dont les contours sinueux font transporter le spectateur entre les rives du rêve et de la musique.
[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"]
Ex-Voto
De Xavier Durringer
Mise en scène par Christophe Luthringer
Avec Sandrine Molaro, Gilles-Vincent Kapps
Scénographie : Sean Dunbar
Création lumière : Philippe Séon
Jusqu’au 22 août
Du mardi au samedi à 21h
Théâtre Le Lucernaire
53 rue Notre-Dame des champs, 75006 Paris
http://www.lucernaire.fr
Réservations : 01 45 44 57 34
[/slider]












Pas de commentaire pour l'instant