Quand le pouvoir devient sans entrave, le crime devient raison d’état et les mots sont pris à leur propre piège.

Caligula, jeune empereur romain, règne sans encombre. A la mort de Drusilla, sa sœur et son amante, il est pris d’une fureur irraisonnée de destruction. Ayant perdu tout ce qu’il aimait, il met en place, de manière implacable, une terreur dévastatrice dont la vie humaine importe peu. « Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux » dit Caligula. « A quoi bon l’existence ? » aurait-il pu ajouter. Caligula tombe dans une mythomanie dans lequel il se croit l’égal des dieux jusqu’à vouloir décrocher la lune.

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Un Caligula moderne
Le décor est composé, suivant les tableaux, de chaises, d’un fauteuil et d’une table. Comme symbolisant pour les premières, la servitude, pour le second, le pouvoir et pour la troisième, l’ordre. Un ordre symbolisé par une mise en espace dans lequel les comédiens par des mouvements de va et vient à figure géométrique semble obéir à une loi de la gravitation autour d’un fauteuil dans lequel Caligula trône. Deux miroirs reflètent les chaises sur les murs comme si celles-ci continuaient la haie d’honneur d’un Pouvoir sans limite. Un tapis de couleur métallique découpe la scène au centre sur lequel trône un fauteuil.

Les costumes sont en blanc et noir. Est ajouté dans l’éclairage le rouge et un brun de lumière rose. Des lumières éclatante tranchant avec la sobriété du décor. Celui-ci est très moderne, très épuré. Au début de la pièce, le spectateur est pris à rebrousse-poil car les personnages semblent travailler pour le compte d’une grande entreprise. Ils sont habillés de façon classique et moderne. Tailleurs pour les filles, costard cravates pour les garçons. Nous sommes projetés dans les rouages d’une mécanique où le pouvoir et l’argent sont au centre des préoccupations de Caligula et dont le trésor public, qui pour le coup devient privé, est son objectif premier.

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La mise en scène est à la frontière de la sobriété et de l’étrangeté. Etrangeté dans le jeu de Caligula qui enivré de pouvoir semble verser dans une folie souterraine. Une gestuelle dans laquelle François-Xavier Boucherak dans le rôle de Caligula, se laisse aller à des mouvements de bras et de main affirmés qui laissent transparaître un empereur plus maître de sa raison. Comme porté par une relation au corps que la raison ne domine plus. De façon très réussie, il plante un personnage énigmatique, à la voix grave, jouant de raison et d’ironie et donne une très belle performance d’acteur.

Dans un autre registre, Hervé Masquelier dans le rôle de Chérea, plante un personnage calme, posé et incarne une raison froide qui se révolte. Nicolas Combaltert, dans le rôle de Hélicon et Damien Rety dans celui de Scipion, réussissent à montrer des personnages pour le premier, grisé par son rôle auprès de Caligula et pour l’autre, une rage sourde contre l’empereur. Laure Pincemin dans le rôle de Caesonia joue un personnage féminin à cheval entre la cruauté et la sensualité.

Le jeu est hétérogène. Les comédiens jouant les personnages secondaires manquent parfois d’entrain, de présence vocale, bien que celle-ci soit compensée par leur présence scénique. Ainsi, dans les scènes où tous les personnages sont présents, il manque parfois une harmonie vocale dans le déroulé des répliques. Avec cette mise en scène, Camus semble être plus moderne que jamais. Elle est audacieuse et bouscule un texte dont la cruauté des mots trouve un équilibre dans la sobriété d’une mise en scène originale.

[slider title="INFORMATIONS & DETAILS"] Caligula (site web)
D’Albert Camus
Mise en scène par Valérie Fruaut
Avec François-Xavier Boucherak, Hervé Masquelier , Laure Pincemin , Nicolas Combalbert ,
Damien Rety , Audrey Faure , Philibert Adamon , Fanny Colin , Caroline Hartpence , Guy de La Fortelle
Jusqu’au 2 août
Du mardi au samedi à 20h30 et dimanche à 17h

Petit Saint Martin
17 rue René Boulanger, 75010 Paris
Réservations : 01 42 02 32 82
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