Warren Zavatta est un one man show, un spectacle au ton caustique qui démonte le mythe du monde « féerique » du cirque et celui de sa star de grand-père père dont il n’a reçu aucun signe de reconnaissance. Ainsi il s’affranchit de son Patronyme Zavatta, et s’impose en tant que comédien et artiste complet sachant aussi danser, jouer du saxophone, jongler…. Créant un magnifique personnage mêlant art clownesque et comédie, Warren Zavatta oscille entre cynisme et tendresse mais demeure sincère, entier et sans artifice.
Quand et comment est née votre envie d’être acteur ?
« Il n’y a pas eu de moment clé, cela a plutôt été une sorte d’errance dans le métier du spectacle où j’ai un peu tout essayé. Puis j’ai commencé à prendre des cours de théâtre à 29ans et là j’ai vite pris conscience que je voulais créer un spectacle où je pouvais intégrer tout ce que j’avais appris. »

(c) Caroline Coste
Quelle a été la réaction de vos parents ?
« Mes parents ont toujours été ouverts, ils m’ont laissé faire ce que je voulais. Ils n’ont pas mis de barrière, il fallait que je m’en sorte, j’ai mis du temps à trouver ma voie. »
C’est le sujet de votre spectacle, mais qu’est-ce qui vous ne vous a PAS donné envie de perpétuer la tradition ?
« Je trouvais que cela manquait de qualité. A l’époque, le cirque de mes parents accueillait des artistes qui arrivaient trois jours avant la représentation. Ils arrivaient de toute l’Europe. Il y avait des jongleurs italiens, des clowns espagnols, des pays de l’est. Ils avaient plus ou moins visionné des cassettes de référence et à partir de leur numéro, un ordre était établi. Il n’y avait aucune homogénéité, ni au niveau de la bande son, ni au niveau des costumes. Il y avait encore moins d’histoire. C’était une suite de numéros sans lien. Avec mon frère, on a essayé de proposer de créer une cohérence à l’ensemble du spectacle mais cela n’a pas été entendu, sous couvert de la tradition. Ce que je comprends d’ailleurs, ils ont toujours fonctionné comme cela depuis des générations. »
Et ce que vous appelez le nouveau cirque ?
« Ce n’est pas pareil, ce sont des gens de théâtre. D’ailleurs j’adore le Cirque Plume dont je suis allé voir le dernier spectacle, c’était génial. »
Mais vous le critiquez ce « nouveau cirque » dans votre spectacle ?
« Oui je le critique, c’est ce côté un peu contemporain, qui est parfois un peu poussé à son extrême. Et puis je me suis dit que j’allais critiquer tout le monde, comme ça il n’y aurait pas de jaloux ! »
Votre spectacle est très caustique. C’est un trait de caractère chez vous ou c’est le personnage que vous vous êtes crée ?
« Je suis un peu comme ça dans la vie, je suis très exigeant. C’est un peu difficile d’ailleurs cette insatisfaction permanente. Oui , j’en ai fait un personnage mais cela n’en demeure pas moins un trait de caractère chez moi. Vous voyez par exemple, j’ai eu une grosse couverture médiatique, j’ai fait une dizaine d’interviews télévisées mais cela ne me rend par particulièrement heureux, je m’en moque un peu même. Mais je travaille à devenir heureux. Je crois que c’est une carence affective en lien avec l’histoire de mon grand-père. A la limite tant mieux car c’est de cette carence qu’est né l’artiste que je suis aujourd’hui. »
Tout semble polarisé sur votre grand-père ? Qu’est-ce qui vous a manqué dans votre relation avec lui ?
« C’est l’absence de relation justement. Je n’ai jamais rien reçu de lui, pas même un cadeau de Noël, rien. Comme en plus il était adoré par des tas de gens, je trouvais cela très injuste. Je n’ai jamais eu de reconnaissance de sa part. »
Porter le nom de Zavatta vous a plutôt desservi, cela est dû à quoi à votre avis ?
« C’est devenu un nom propre, synonyme de clown. C’est aussi dû à cet art bien français de coller des étiquettes. J’en parle dans mon spectacle : lorsque l’on est acteur de cinéma on doit rester dans le cinéma, et si un comique veut faire de la musique on se demande pourquoi. »
Quand avez-vous commencé à écrire votre spectacle ?
« C’était une évidence. J’avais un besoin profond d’écrire là-dessus, depuis très longtemps. Cela s’est fait en plusieurs étapes. J’ai commencé à écrire des sketches à l’issue de ma formation chez Steve Kalfa. J’ai joué dans des cabarets comme le Caveau de la République. Puis j’ai écrit une première version. J’avais une caravane entièrement démontable qui pouvait entrer dans un théâtre. Je l’ai répété 6 mois à la Villa Médicis à Aubervilliers mais je ne suis pas allé au bout. J’ai recommencé plus tard et j’ai décidé de reprendre le contenu avec une mise en scène plus dépouillée. »
Est-ce que le regard de la mise en scène a changé quelque chose au spectacle ?
« Après avoir travaillé avec une amie comédienne, j’ai répété avec Anne Bourgeois qui était ma prof de clown. On a changé très peu de choses, c’est d’ailleurs pour cela qu’elle a tenu à ce que l’on co-signe le spectacle parce que j’avais une vision précise de ce que je voulais. »
Quel a été l’accueil de votre spectacle par les gens du cirque ?
« Ce sont surtout les jeunes qui sont venus et ils ont adoré, et puis mes parents aussi qui sont fans. C’est vrai que de manière générale le spectacle reçoit un accueil très chaleureux. Après, il y aura toujours quelques « extrémistes » qui seront choqués… »
L’accueil est parfois trop chaleureux même, certains spectateurs vous parlent directement pendant le show ?
« Oui je ne sais pas pourquoi les gens me parlent et je le vis assez difficilement. Certains me parlent directement comme si j’étais leur copain, interrompant le fil du spectacle. Je déteste ça, parfois j’arrête carrément le spectacle ou je les fais monter sur scène… »
Qu’attendez-vous du public ?
« Une écoute. Ce n’est pas un débat ni une conférence. C’est compliqué de rester concentré lorsqu’on est seul en scène. »
Vous avez pratiqué toutes les disciplines du cirque, mais vous dites dans votre spectacle que clown « c’était pris par pépé ». C’est vrai ?
« Non, j’ai été clown de reprise mais mon grand-père était déjà mort alors. Il ne m’a jamais vu, et puis de toute façon j’aurais pu faire n’importe quoi, il s’en foutait complètement, il n’est jamais venu voir un spectacle. »
En parlant de vrai-faux, les colombes dont les magiciens coupent une plume sur deux pour qu’elles ne volent pas, le trafic d’héroïne par caravanes, la mafia italienne, c’est vrai ?
« Tout est parfaitement vrai. »
Qu’est-ce que vous gardez de votre expérience circassienne qui vous sert aujourd’hui ?
« Rien, j’ai envie de dire rien. Si ce n’est peut-être une forme de rigueur et une grande capacité d’investissement physique. »
Il y a des clowns (hors cirque) que vous admirez comme Slava ou Buffo par exemple ?
« Même si ce n’est pas un clown j’aime beaucoup Jango Edwards. J’aime son côté fou, décalé, obscène et outrancier. Quant à Howard Buten ou Slava, je ne les ai jamais vu au théâtre, mais la poésie, cela a vite tendance à m’ennuyer. »
Avez-vous songé à intégrer ou à créer un spectacle mêlant théâtre et arts du cirque ?
« Non je ne suis pas une personne de troupe, par réaction à la tribu du cirque peut-être. Je préfère être autonome. Je ne me sens pas l’énergie de gérer une troupe, de ménager les susceptibilités, en tous les cas pas pour le moment. »
Vous avez des projets pour après ?
« J’ai déjà beaucoup de dates pour ce spectacle. Et puis j’ai un projet de court-métrage avec un ami que nous allons présenter dans des festivals, c’est une façon de mettre un pied dans le cinéma. »
Vous avez donc envie de privilégier le cinéma ?
« J’ai envie de tout, je ne veux pas être catalogué. J’adore le théâtre, j’aimerais beaucoup jouer des classiques, Bérénice par exemple. »
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