Chronique d’une mort annoncée !!!
« Vivant » évoque la virulence d’une matière où le désir et la mort se suivent dans une course haletante vers une fin imminente qui éprouve la rage de vivre d’un homme en proie à sa destinée.
Sans aucun apitoiement, cet homme libère une parole crue, franche et abrasive. Frère humain de Tolstoï, Hugo ou Michelet, il se saisit de la douloureuse réalité de sa vie, matériau brut de son écriture. Il ne veut plus écrire mais être la littérature. Ce désir affirmé prend possession des lieux et habite l’espace d’un pesanteur immatérielle. Expérience sans cesse renouvelée, il se bat contre ses démons de vies qui constituent la nébuleuse de ses pulsions dévastatrices. Vivre pour mieux mourir ou mourir pour mieux vivre, vivre en parfait accord avec soi-même relève d’une indissoluble difficulté qu’il est nécessaire, pour cet homme comme pour les autres, d’affronter.
Vivre, un sursis de plus
Annie Zadek aborde le thème de sa propre mort, expérience qui relève de l’indicible ce pourquoi elle donne le titre « Vivant » à son ouvrage. Des mots plutôt que des choses s’additionnent tout au long de la pièce pour échafauder un édifice dont les lieux communs constituent les fondations. Le procédé littéraire que l’auteur utilise, s’embourbe dans le précipice vertigineux de l’éternel platitude d’un sujet rebattu. La vie, la mort font partie de ces thèmes éculés dès lors qu’ils manquent cruellement d’une dramaturgie consistante. Certes, l’auteur rappelle qu’elle « découpe la réalité pour tenter d’en extraire la vérité » mais entre vérité et vraisemblance, le fossé se creuse inéluctablement. Même si la représentation est « un des lieux de la métamorphose du texte » il ne le réinvente pas ni ne le réécrit.
L’excellence de Pierre Meunier peine à tirer profit d’un texte qui porte en filigrane toutes les recettes de l’indigence littéraire. Le metteur en scène, touché par la force poétique du texte et son lien affirmé avec le concret de la vie, nous invite à une rêverie sur la mort. Mais la faiblesse des mots semble lui échapper et cette rêverie inspire le sommeil qui en littérature, dans certain cas, s’impose comme une opinion. S’abandonner dans les abîmes du moi intérieur d’un homme en proie à sa propre expérience de vie, avec pour seul bagage une scénographie épurée, contribue largement à lever le voile sur le manque de propos de l’auteur. Un sol pentu, habillé d’une toile épaisse sur laquelle est esquissé l’image trouble d’une voie ferrée supportée par un pont, constituent le lieu dans lequel les mots sont livrés. Une femme incarnant l’attente sereine est placée derrière un pan de mur sur lequel fleurissent quelques pétales étouffés par une faible luminosité qui enserre l’endroit d’une épaisseur ombreuse. La mise en scène est d’une étonnante vacuité, tout est prévisible, explicitement livré au public comme un surtitrage dévolu aux « mals comprenants ». Puissant et robuste, Hervé Pierre tente vainement d’offrir au texte la consistance dont il manque cruellement. La présence de Julie Sicard apporte douceur et sérénité, grâce et élégance.
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Vivant
De Annie Zadek
Avec Julie Sicard, Hervé Pierre
Scénographie et costumes Catherine Rankl
Son Alain Mahé
Lumières Thierry Opigez
Du 28 mai au 28 juin à 18h30
Studio Théâtre
Galerie du Carrousel du Louvre
99 rue de Rivoli, 75001 Paris
http://www.comedie-francaise.fr
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