On n’est pas dans la merdre !!!

Satisfait de ses nombreux titres « capitaine de dragon, officier de confiance du roi Venceslas, décoré de l’ordre de l’Aigle Rouge de Pologne et ancien roi d’Aragon », le père Ubu se laisse malgré tout convaincre par la mère Ubu de se livrer à une conspiration dont le seul dessein serait de renverser le roi Venceslas, ce qui lui permettrait, entres autres avantages, de « manger fort souvent de l’andouille ». Conviant le capitaine Bordure à sa table, le père Ubu fomente son complot. La merdre est bonne et les deux conspirateurs ravis de leur alliance scellent le pacte de l’infamie.

Le roi Venceslas est assassiné, tout comme ses deux fils. Le cadet, Bougrelas, s’enfuit avec sa mère qui expire peu de temps après dans les montagnes. Hanté par les spectre de ses ancêtres, tel Hamlet, Bougrelas jure vengeance. Dès lors, le père Ubu, un nouveau Macbeth de pacotille, offre ses largesses au peuple depuis le trône qu’il occupe fièrement. Avide de toutes les richesses que peut lui offrir son nouveau royaume, il spolie la noblesse d’épée, de robe les financiers et finit par rançonner lui-même les paysans. La révolte éclate aussitôt et Bordure, que le père Ubu devait nommer duc de Lituanie, s’évade pour Moscou afin de proposer au czar Alexis d’envahir la Pologne et rétablir Bougrelas sur le trône. Lorsque la nouvelle arrive à Varsovie, encouragé par la mère Ubu et ses conseillers, le père Ubu part à la guerre, livrant une bataille aussi burlesque qu’épique aux forces armées russes qui le battent à plates coutures. Le couple Ubu quitte le pays et embarquent pour la France où le père Ubu envisage de se faire « nommer Maître des Finances à Paris ».

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Une caricature qui ne sort pas du cadre
Né dans la cour du lycée de Rennes, où Alfred Jarry et ses camarades caricaturaient leur professeur de physique, Ubu voit le jour à la lumière de l’esprit potache qui anime alors son auteur. Personnage vil, lâche et peu courageux, la caricature est généreuse et fait du père Ubu le modèle repoussoir du politiquement correct. Univers insolent, provocant et jubilatoire dans lequel la transgression et la régression sont les maîtres-mots, cette pièce s’impose comme une révolution anarchisante des conventions établies de la fin du XIXe siècle. La structure de la pièce est bâtarde, des longueurs ou des scènes qui ne justifient pas s’immiscent dans les interstices de cette composition d’une étonnante trivialité. Mais le ton est donné et ouvre la voie à la création d’une univers loufoque et osé où tout est permis.

Faire rentrer « Ubu Roi » au répertoire de la Comédie Française représente-t-il un risque ? Certainement pas lorsque la mise en scène est confiée à Jean-Pierre Vincent qui embrasse la totalité de l’œuvre avec une réserve déconcertante. Les dames d’un âge canonique n’auront pas à réciter des « pater noster » pour sauver le metteur en scène du sort avilissant auquel il aurait pu succomber, la scénographie et l’interprétation des comédiens est lisse, polie et sans aspérité. Point de pensée blasphématoire, nul parallèle possible avec des personnalités connues qui incarnent la force tranquille du despotisme à la française, même si le père Ubu demeure la figure tutélaire du « nain épouvantail » auquel on ne peut cesser de penser pendant toute la pièce. Dans un décor fait d’un murs de briques aux couleurs improbables, le politiquement correct est de mise et la tenue correcte est exigée. La présence d’Alfred Jarry, parcourant la scène à vélo et enchaînant les verres d’absinthe, offre un sous titrage à vocation didactique aux spectateurs qui n’auraient pas compris l’enjeu dramatique de la pièce.

La bienséance s’impose comme un diktat et fait raisonner les répliques du père Ubu de manière « so british » qu’il est difficile de ne pas s’ennuyer, voire de s’impatienter en guettant le moment où les comédiens oseront outrepasser leurs droits. Techniquement irréprochable et scéniquement convenable, comme tout ce que fait Jean-Pierre Vincent, l’ensemble manque de souffle et d’émotions. Les comédiens se débattent avec un texte qui a certes vieilli et dont les répliques ont perdu de leur force comique, mais subissent en plus les contraintes d’une mise en scène plate et sans grand intérêt.

Malgré un physique particulièrement flatteur, Anne Kessler (mère Ubu) peine à faire illusion et livre son texte à la hâte, tandis que Serge Bagdassarian (père Ubu) sauve la partie en proposant une interprétation tonitruante et déterminée. Quel dommage de voir Benjamin Jungers (Bougrelas) en sous régime alors qu’il est un comédien si brillant par ailleurs. Grégory Gadebois (le Czar entre autres) virulent et coquin, s’amuse tout de même à passer d’un personnage à un autre en jouant avec une ironie toute exceptionnelle le Czar. L’ensemble des comédiens propose une qualité de jeu tout à fait respectable qui dans une autre mise en scène prendrait certainement une dimension plus intéressante.

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Ubu Roi
D’Alfred Jarry
Mise en scène Jean-Pierre Vincent
Avec Martine Chevallier, Anne Kessler, Michel Robin, Christian Blanc, Christian Gonon, Nicolas Lormeau, Grégory Gadebois, Pierre Louis-Calixte, Serge Bagdassarian, Benjamin Jungers, Stéphane Varupenne, Adrien Gamba-Gontard, Gilles David, Imer Kutlovci,
Dramaturgie Bernard Chartreux
Décor Jean-Paul Chambas
Costumes Patrick Cauchetier
Lumières Alain Poisson
Chansons Pascal Sangla
Du 23 mai au 21 juillet 2009

Comédie Française
Place Colette, 75001 Paris
http://www.comedie-francaise.fr
Réservations :0 825 10 16 80
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