Un moment extatique
Le mythe fraternisant avec la mysticité dramatique caractérisant l’écriture d’Olivier Py porte ses œuvres vers toujours plus de poésie. L’auteur brasse les mythes, les dieux et les hommes avec une profonde humanité. Invoquant les figures tutélaires de la mythologie et de la Bible, il engage le lecteur sur les chemins de la transcendance, balisés de mots fortement imprégnés d’une ferveur sans cesse renouvelée. Voici donc un théâtre de la foi, écrit à l’ombre de Claudel et à travers le prisme de notre époque. Olivier Py édifie, sur un vaste chantier dévasté par une société éprise d’elle-même, l’autel d’une théâtralité sans concessions dont le lyrisme donne à entendre des œuvres aux tonalités viscéralement saisissantes.
La beauté du chant d’Orphée porte en gloire une œuvre (« Le visage d’Orphée ») à l’allure de fable biblique qui nous entraîne dans l’atelier d’un artiste sculpteur, dans la cour d’un hôpital, sur un champ de fouilles archéologiques et dans une loge de putain. C’est dans ce lieu inattendu qu’Orphée recrutera ses disciples afin de trouver la réponse à la Question. Figure du Christ ? Christ d’un genre nouveau ? Baptiste prévient ceux qui veulent suivre : « Orphée n’est pas un prophète, il ne construira rien, c’est pourquoi tu peux croire en lui. Il indiquera le lieu du divin mais n’annoncera pas le dieu, il enjoindra ceux qui le veulent à circonscrire ce lieu de l’absence. »
« L’Apocalypse joyeuse » est une autre déclaration d’amour faite au théâtre par un enchaînement de mots qui permettent à la parole de s’insurger. Au bord d’un quai, en mer, dans une chambre, une cabane d’enfant, un pays nommé Cimérie, une conserverie, un cabaret, une chancellerie, tous ces lieux sont le théâtre où se déploient avec crudité le mystère du Mal et le vrai scandale : « A chaque seconde un enfant meurt, quelque part. ».
« L’exaltation du labyrinthe » plante le décor d’une scène d’apocalypse, l’espace d’une déchéance et d’un abandon qui ne tarde pas à devenir le lieu d’une réflexion sur le pardon et la rédemption. C’est d’un lieu improbable que jaillit la parole haletante et cruelle d’un personnage à quatre bras et deux têtes, Maxence, le fils déchu, pris dans l’étau de sa tentation, de son ivresse, de sa folie, prisonnier des bras de son ange de la damnation, Rose des vents. Abordant la thématique classique au théâtre du conflit des générations, puisqu’elle oppose un fils révolté et mal aimé à un père bourreau, ancien tortionnaire en Algérie, cette œuvre soulève la question de notre rapport à la mémoire et au devenir.
« Epître aux jeunes acteurs pour que soit rendue à la parole à la parole» adressée à l’origine aux jeunes acteurs, se révèle être un message plus large dans lequel l’auteur offre des chemins successifs à l’entendement de l’écriture poétique. Drôle, décapant, sévère et détonnant, cette pièce-conférence libère la parole de celui qui rappelle avec justesse que le théâtre n’est pas une simple parade pailletée qui mène en haut de l’affiche. A l’heure où l’appel impatient de la gloire pousse bon nombre d’esprits zélés à se compromettre dans des réalisations désastreuses, Olivier Py, affirme avec véhémence les fondements de son travail. S’émancipant de la sainte parole médiatique qui entretient la jeunesse dans un Eldorado de pacotille, l’auteur précise que la représentation de l’humain dévolue aux acteurs est une aventure politique en soi. Cet Epître est une définition empirique du mot « PAROLE ».
Olivier Py manie la parole avec une exceptionnelle acuité, forgeant les mots à la pointe du couteau, illuminant les esprits par la voûte céleste de sa remarquable créativité. La crudité du verbe flirte avec une mysticité omniprésente dans laquelle le sexe est glorieux, scandaleux mais par-delà le péché et la vulgarité. L’auteur fait craquer, dans un style particulier, les coutures bien ajustées du théâtre. Toute l’œuvre d’Olivier Py porte en filigrane son incommensurable amour du théâtre. Un théâtre dans le théâtre, où ses pièces célèbrent avant tout ce lieu de fraternité, cette réunion autour de la parole partagée.
Auteur, metteur en scène, comédien, Olivier Py, après avoir dirigé le Centre dramatique national d’Orléans de 1998 à 2006, est depuis 2007 le directeur de l’Odéon Théâtre de L’Europe à Paris. Il a publié chez Actes Sud de nombreuses pièces de théâtre ainsi qu’un roman « Paradis de tristesse ».
Théâtre complet II
Le visage d’Orphée, Théâtres, L’Apocalypse joyeuse, Epître aux jeunes acteurs pour que soit rendue la parole à la parole, L’Exaltation du labyrinthe
D’Olivier Py
Editions Actes Sud
18 rue Séguier, 75006 Paris
http://www.actes-sud.fr/