Ode à Obaldia…

Ode à Obaldia…

obaldia1photolot1René de Obaldia. Grand écrivain, poète, dramaturge qui a marqué de son empreinte le théâtre contemporain. Depuis sa première grande pièce « Génousie », il a jalonné de son grand talent cinquante ans d’une vie théâtrale riche et variée. Il joue actuellement, et seul sur scène, son propre rôle dans le spectacle « Obaldia sur scène » jusqu’au 4 juillet. Il nous reçoit chez lui. Disponible. Simple. Et le sourire aux lèvres.

Auteur prolifique, on vous retrouve sur scène. Qu’est-ce qui vous a poussé à monter sur les planches ?
« C’est le nouveau directeur du « Petit Hébertot » Xavier Jaillard qui m’avait rendu un hommage il y a quelques temps au studio Raspail. Cela s’était très bien passé. Et quand il a pris la direction du « Petit Hébertot », il m’a dit « Pourquoi ne viendriez-vous pas lire des textes ? » et je lui ai répondu « Pourquoi pas ». Cela peut-être très ennuyeux de lire uniquement des textes. C’est lui qui a eu l’idée de prendre des extraits de films de mes pièces comme « Du vent dans les branches de sassafras », « Les bons bourgeois » avec Rosy Varte, Jacques Morel et Fanny Ardant pour les intégrer dans le spectacle. J’ai toujours eu la chance d’avoir été servi par de très grands interprètes. Il y a aussi « Monsieur Klebs et Rozalie » avec Michel Bouquet et Annie Sinigalia. Je dis donc mes textes. Ce qu’il faut savoir c’est que la plupart des auteurs massacrent leurs textes. Très souvent. Surtout les poètes. C’est pour ça que la poésie, il faut bien le dire, c’est souvent très mortel. Et j’ai la chance de dire mes textes de façon très vivace. Certains me demandent même si je n’ai pas été comédien. Alors que pas du tout. Cela forme donc un ensemble très vivant. Et au fond pour moi, ce qui m’intéresse c’est la relation avec le public. Ce sont des rapports très chaleureux. Avec une complicité qui s’établit très rapidement et qui donne un agrément à ce spectacle. »

Est-ce que justement, vous n’étiez pas à la recherche de cette complicité avec le public ? Une complicité directe que peut-être l’auteur que vous êtes ne peut pas avoir ?
« C’est comme des choses de la vie. Des hasards. Une rencontre que j’ai faite par hasard. Bien sûr, il m’arrive d’avoir un contact direct avec le public quand je fais des signatures et lorsqu’on me pose des questions. Mais là, je ne pensais pas occuper la scène pendant plus d’une heure. C’est une surprise même pour moi. Un étonnement. Je suis très heureux bien sûr. »

Comment vous êtes vous préparé ?
« Ces textes, je les disais déjà quand je faisais des signatures dans les grandes librairies. C’est un choix. C’est ce qui m’importait pour moi car j’ai une œuvre riche et variée comme je le dis très finement. Je peux avoir des textes qui sont comiques, drôles et d’autres qui sont tragiques, émouvants. J’ai écrit un livre de mémoire « Exobiographie » (1993). J’ai écrit des poèmes pour enfants et adultes « Les Innocentines » (1993) qui sont republiées sans cesse et qui sont dites dans les écoles, et qui sont dans les manuels scolaires. Et aussi « Fantasmes des demoiselles faites ou défaites cherchant âme sœur » (2006) et également « Le centenaire » (1959). Ce sont ces œuvres qui sont aussi dans le spectacle et cela donne une grande variété de tons qui fait que le public ne s’ennuie pas. »

Justement comme il y a une grande variété de tons, est-ce que vous avez dû revêtir le rôle du comédien, de l’acteur ?
« Bien sûr quand je dis des textes comiques, je ne prends pas un ton tragique. Je dis des textes. C’est la variété des textes qui donne cet éventail, cette diversité. »

Vous dîtes des textes mais vous imitez aussi. Entre autres Michel Simon…
« C’est marrant mais les gens sont fascinés par les imitateurs. J’ai remarqué cela. Une fascination du public pour les imitateurs. J’ai vécu fatalement avec Michel Simon puisqu’il a créé « Du vent dans les branches de sassafras », j’ai donc vécu avec lui pendant 2 ans. En tournée. J’imite donc Michel Simon. »

Quels rapports entretenez-vous avec les comédiens et les metteurs en scènes qui jouent et qui montent vos pièces ?
« Alors là, il faut faire des distinctions. Il y a « comédien » et « comédien », « comédienne » et « comédienne ». Il y a beaucoup de diversité. J’ai eu d’abord la chance d’avoir de grands comédiens qui m’ont interprété. J’ai toujours eu des rapports très agréables avec eux. Je pense à Rosy Varte. Mais certains comédiens ont des tempéraments différents. Il faut dire que ceux qui m’interprètent ont déjà une affinité avec moi. Michel Simon est un cas. C’était un comédien de génie. Absolument génial mais disons… d’un caractère difficile. »

Quand vous voyez une de vos pièces jouées, vous vous positionnez en tant qu’auteur ou en tant que spectateur ?
« D’abord, je n’ai pas spécialement écrit pour un acteur ou une actrice bien qu’on me l’ait demandé. Line Renaud me l’avait demandé. Elle avait lu les « Innocentines » (1969). D’autres m’avaient demandé aussi. Et bizarrement, j’étais incapable d’écrire pour eux. Quand Madeleine Renaud m’avait demandé d’écrire pour elle, je m’étais dit pourquoi pas. Cela a donné une chose complètement différente. Cela a donné « Monsieur Klebs et Rozalie » (1975). J’ai eu la chance de rencontrer Michel Bouquet qui avait lu beaucoup de mes textes à la radio. Et on croit souvent que la pièce qui est jouée, elle est créée spécialement pour l’acteur qui la joue. On avait cru par exemple que j’avais écrit « Monsieur Klebs et Rozalie » pour Michel Bouquet. »

Et par rapport à Génousie, qui a été créée en 1960, votre 1ère grande pièce…
« Oui tout à fait qui a marqué ma carrière. Ma carrière théâtrale. Mais j’ai horreur de ce mot. Grâce à « Génousie » que j’ai d’ailleurs écrit en marge d’autres activités purement littéraires. C’est Vilar qui l’a choisie. Et j’ai été sacré auteur à côté de mes aînés, Ionesco, Beckett, Audiberti. Là encore, j’ai été un peu surpris. »

Sur les 50 ans qui nous sépare de « Génousie », y a-t-il eu une évolution de l’écriture théâtrale durant cette période ? De même est-ce que l’humour théâtral a changé, évolué ?
« J’ai eu des interruptions durant ces 50 ans. Mes mémoires « Exobiographie » (1993) m’ont demandé 4 ou 5 ans. J’ai laissé en friche le théâtre pendant un certains temps. Ce qu’on me dit souvent c’est que mon théâtre ne vieillit pas. Comme mes impromptus. Beaucoup de troupes amateurs les jouent. Ils sont aussi joués dans les cours dramatiques et ce sont des pièces que j’ai écrites il y a 50 ans. C’est pourquoi j’ai renoué avec mes impromptus dernièrement en écrivant « Merci d’être avec nous ». Evidemment, les choses évoluent, changent. Mais j’ai cette chance d’avoir des pièces qui sont actuelles et certaines pièces ont prophétisé des choses. Je me souviens de Michel Bouquet quand il entre sur scène dans « Monsieur Klebs et Rozalie » et il dit « On ne peut pas dire que ça s’améliore ». J’ai écrit cela il y a plus de 20 ans. Les gens en rigolent. »

Ionesco a été un de vos amis. Son théâtre est différent du vôtre. Quel rapport entreteniez-vous avec lui d’un rapport et amical et théâtral ?
« Je dois dire tout de même que Ionesco était de 10 ans mon aîné. Je l’ai connu avant qu’il ne fût célèbre. Il donnait des cours de roumain. Il tirait le diable par la queue comme on dit. Et puis, il a été démoli par la critique. Je n’allais pas souvent au théâtre. C’était la littérature qui m’intéressait. Mais quand j’ai vu « Les chaises » de Ionesco, j’ai été très emballé. C’était au théâtre Lancry (le 22 avril 1952). On devait être 12 personnes dans la salle quand j’ai vu cette pièce. J’étais avec Adamov dont on ne parle plus du tout. Qui était un dramaturge important. Et c’est lui qui m’avait emmené là d’ailleurs. J’ai été emballé par la pièce et ensuite, j’ai eu une amitié très vive avec Ionesco. Son théâtre m’a toujours fasciné. C’est la même famille. Avec Audiberti aussi. Je me sentais en famille avec eux. »

Le fait d’avoir repéré bien avant l‘heure des auteurs comme Ionesco qui a été détruit à ses débuts par la critique, vous faites d’ailleurs allusions aux « éminents critiques » dans votre spectacle, quels rapports entretenez-vous avec eux ?
« A mon sens, la critique est très importante pour un auteur. Il y avait un grand critique qui s’appelait Jacques Lemarchand. Il ne s’est pas beaucoup trompé sur les auteurs et quand Jacques Lemarchand avait des réserves sur certaines de mes pièces, j’en tenais compte. Après, il y a des critiques qui sont sans intérêt pour moi. Je ne les lis pas. Le vrai critique est assez rare. Il y en a eu. J’ai toujours eu en règle générale de très bonnes critiques. Avec parfois quelques esquintages. »

Vous avez passé 4 ans dans un stalag en Pologne. Qu’est-ce que cela vous a apporté dans le rapport que vous avez avec l’existence, avec la vie ? Le rapport à l’autre ?
« C’était très important car j’étais très jeune et je voyais l’homme dans son plus grand dénuement. C’est une leçon extraordinaire. Difficile à expliquer. On a faim et il reste un bout de pain. On peut tuer pour la faim. Mais il y a ceux qui donnent même un petit bout de pain et ceux-là sauvent l’homme. J’ai vécu tout cela. J’étais en camp de prisonniers. Mais jamais je n’aurai imaginé qu’il y avait des camps d’extermination. Ça a été un choc épouvantable pour moi dont je ne me suis pas remis encore. Parce que c’était impensable. On vivait dans des conditions très dures mais ça c’était impensable. C’est une honte pour l’humanité. Ces camps d’extermination. Je pourrais dire d’un point de vue philosophique en reprenant une phrase de Tchekov je crois « L’homme cet animal étrange ».

Est-ce que cela vous a influencé dans votre écriture théâtrale ?
« Totalement. Par la connaissance de l’homme. De ses qualités, de ses défauts, de son héroïsme aussi. »

Dans vos pièces, il y a toujours un humour très marqué. L’humour a un rôle très fort. Quelle est la fonction de l’humour dans le théâtre ? Est-ce un meilleur « passeur » ?
« Je ne le fais pas exprès d’écrire de façon comique. Après, tout le monde connaît cette définition de l’humour qui serait « la politesse du désespoir ». Très joliment trouvé d’ailleurs. Pour moi, l’humour, ce serait une surabondance de gravité. Ce n’est pas n’importe quel humour. A Jean Cassou, qui a été un grand écrivain, un hispanisant, je lui montrais mes premiers écrits et il me disait « Ah, c’est tout à fait l’humour espagnol ». Et il m’a cité Ramon Gomez de la Serna que je ne connaissais pas. Il y a chez moi un humour qui n’est pas français, à ce qu’on m’a dit, et qui est un humour tragique. Il y a derrière mon humour un fond de tragédie. C’est le sentiment tragique de la vie comme disait Miguel de Unamuno qui était recteur de l’université de Salamanque. Il a écrit « Le sentiment tragique de la vie », « L’agonie du christianisme », qui sont de très grands ouvrages. Et il a fait aussi un précis de cocottologie. La façon de faire des cocottes en papier. Et ça, ça échappe à l’esprit français. »

Dans les années 50, le théâtre avait une certaine fonction, un certain rôle à jouer. Quelle est aujourd’hui la fonction du théâtre ? Quelle a été son évolution ?
« Je vais de moins en moins au théâtre car je suis souvent à la campagne. On ne peut pas comparer. Il y a 30 ans, au théâtre, on n’était pas dévoré par la télévision, par le web. Et cela a modifié totalement le rapport au théâtre. Maintenant, le théâtre est devenu une marchandise. Il faut que cela rapporte. Sauf exception cela va de soi mais dans l’ensemble cela n’a aucun rapport avec l’intérêt que pouvaient avoir Jean-Louis Barrault, Dullin, Copeau et tant d’autres. C’est terminé. Aujourd’hui, la recherche du texte n’est plus en vigueur. Il y a de belles surprises bien sûr. Mais dans l’ensemble, on reprend des classiques. Je connais plein de jeunes comédiens qui ont énormément de talent mais sur les affiches il faut absolument des noms. C’est complètement différent et pas dans le bon sens. Mais les théâtres sont remplis et cela prouve qu’il y a un appétit pour les spectacles vivants. »

Quel regard portez-vous sur l’écriture théâtrale contemporaine ?
« Je suis mal placé. Je vais rarement au théâtre. Après, il y a des classiques comme Eric Emmanuel Schmidt, Yasmina Reza, Grumberg, un auteur que j’aime beaucoup. »

Et Olivier Py ?
« Olivier Py, je ne l’ai pas vu mais j’ai lu des choses et, c’est affreux ce que je vais dire, mais cela ne m’interpelle pas. Je suis sans doute mauvais juge mais ce n’est pas de ma famille. Mais peut-être que je me trompe grossièrement. Grumberg, par exemple, est un auteur très émouvant ou Victor Haïm, auteur plein de talent et Yasmina Reza bien sûr. Il y a une vie théâtrale qui existe. »

Comment devient-on un jour auteur de théâtre ?
« J’exerçais les fonctions graves, je ne sais plus à quelle date, de secrétaire au centre international de l’abbaye de Royaumont. C’était une époque très grave avec des colloques littéraires très importants. Des concerts aussi. Une ambiance universitaire. C’était des gens passionnants qui venaient là. Il n’y avait pas à l’époque la télévision. Cela voulait dire qu’on avait des soirées à nous. Des grandes soirées où on pouvait jouer au Trictrac, à Colin-maillard. C’est ainsi que j’ai eu l’idée, pour divertir les gens de passage, d’écrire une comédie appelée « Le défunt ». Qui est devenu un impromptu (en 1961). C’est ainsi que pour divertir, j’ai écrit cette pièce. « Le défunt » est l’histoire d’une jeune veuve et de sa compagne. La première veuve c’était moi qui la faisais mais c’était sans prétention, juste pour divertir. Et puis j’ai écrit d’autres petites pièces. Qui ont eu un intérêt. Et ensuite, j’ai écrit pour moi une grande pièce qui était « Génousie ». Presque pour moi. Le dialogue m’intéressait. Mais sans penser vraiment à une carrière théâtrale. J’étais pris par « Tamerlan des cœurs » (1955), « Le centenaire » (1959). Et puis c’est la rencontre par hasard avec Jean Vilar dans un cocktail qui avait lu « Tamerlan des cœurs », roman qui avait fait scandale à l’époque, qui me dit « Vous devriez écrire pour le théâtre ». A l’époque, j’habitais dans des chambres de bonnes, à droite, à gauche et je ne savais jamais vraiment où étaient mes affaires. J’ai retrouvé « Génousie » dans mes affaires et je l’ai envoyé au TNP et on a fait une lecture spectacle au palais de Chaillot. J’ai été servi tout de suite par de merveilleux comédiens. Georges Wilson, Maria Casarès et cela a intéressé Jean Vilar et son comité. Ils m’ont pris tout de suite. Et on l’a donné au TNP. Et là, la critique éminente a accouru pour voir la pièce. Et cela m’a donné le goût et l’envie de continuer à écrire pour le théâtre. Ensuite j’ai écrit d’autres pièces comme « Le satyre de la villette » (1963) qui avait fait scandale d’ailleurs. J’ai donc écrit pour le théâtre mais sans vraiment le faire exprès. J’ai eu la chance d’avoir le sens du dialogue. Beaucoup d’écrivains importants ont essayé d’écrire pour le théâtre. Et ont échoué. Flaubert est le cas le plus marquant. Dans ses correspondances avec Georges Sand, il y a des passages inénarrables sur ses échecs au théâtre. »

Quel est le rôle d’un auteur de théâtre ? Celui d’un amuseur, d’un…
« Non, si ce n’est qu’un amuseur, il se démodera très vite. Molière n’est pas qu’un amuseur. Derrière, il y a la condition humaine. Novalis disait « C’est la réflexion active sur l’homme et sur sa folie ». J’aime beaucoup cette définition. »

C’est le rôle d’un auteur de théâtre ?
« Oui. Pourquoi écrit-on ? Pour communiquer. Maintenant, on peut renverser la proposition et dire « Pourquoi n’écrivez-vous pas ? » puisque tout le monde écrit. Certains à la question « Pourquoi écrivez-vous ? » peuvent répondre « Pour être riche, pour être célèbre ». Mauriac répondait « J’écris pour emmerder ma famille ! ». C’est étonnant. Breton disait quelque chose de très joli « J’écris pour faire des rencontres ». Et je prends cela un peu à mon compte. J’écris pour faire des rencontres et ce sont toujours des rencontres merveilleuses. Plus près de nous, il y a Borges qui disait « J’écris pour moi, pour mes amis et pour adoucir le cours du temps ». »

En parcourant votre vie théâtrale en tant qu’auteur, qu’est-ce qui a pu vous manquer ? Une chose dont vous vous dites “J’aurais bien aimé…” ?
« Et ben non. Rien. J’obéis à mes démons. Je ne suis pas de ceux qui écrivent régulièrement. J’écris un peu par crise. Ce sont des crises. Pour le théâtre, il est facile d’écrire rapidement. Par exemple, Guitry avait écrit une pièce en 8 jours. Pour le roman, c’est différent. Ce n’est pas possible. Max Jacob était l’ami d’Apollinaire et d’André Salmon qu’on ne connaît plus maintenant très bien. C’était toute une équipe. On a retenu Apollinaire bien sûr. On demandait donc à Max Jacob la différence entre un poète et un romancier et il avait répondu « Le romancier travaille, le poète… souffre ». »

C’est Cocteau qui disait aussi que l’écriture théâtrale était bien plus difficile que l’écriture romanesque
« On peut épiloguer longtemps là-dessus mais je pense que ce n’est pas la même chose. Ce n’est pas le même tempo. On peut écrire dans un roman des choses plus ou moins bonnes et se rattraper par la suite. Au théâtre, il faut que ce soit direct. Ça ne pardonne pas. »

Aujourd’hui, quel regard portez-vous sur votre œuvre ?
« Je suis juge et partie pour cette question. Je suis bon public pour les autres et pour moi-même aussi et je vais vous dire une chose très curieuse. Il m’est arrivé de rire et de m’amuser en oubliant que j’étais l’auteur tellement que je suis fasciné par les acteurs. Il m’est arrivé à Bruxelles une histoire dans un charmant théâtre appelé « Le théâtre de 4 sous » qui était sur la grande place de Bruxelles. Ce théâtre avait demandé il y a 15 ans à Ionesco et moi-même de venir. La 1ère partie était réservée à Ionesco et la seconde à moi. Je vais donc à Bruxelles seul car Ionesco n’avait pas pu venir. A la première partie, les acteurs étaient tellement drôles que j’en riais aux larmes. A la 2ème partie, je riais tout autant et le directeur de théâtre a annoncé « M. Ionesco n’a pas pu venir mais nous avons l’honneur d’avoir dans la salle M. Obaldia l’auteur de la 2ème partie. Si M. Obaldia veut bien se lever… ». J’étais au deuxième rang et je me suis retourné en oubliant pendant une seconde que l’auteur c’était moi-même. »

Depuis 1999, vous êtes à l’académie française à la place de Julien Green. Vous avez inventé un langage le Génousien, quel rapport avez-vous avec cette institution ?
« Les travaux de l’académie française sont très importants et ils défendent la langue qui est menacée, c’est le moins que l’on puisse dire. C’est un travail important. Je ne suis pas spécialement doué pour les définitions. Etant donné qu’un poète est là pour détourner le langage de son sens aussi. Ce n’est pas mon fort les définitions mais il n’y a pas que ça à l’Académie. Je fais partie d’une commission du grand prix du roman et du grand prix de la poésie. On m’a dit que j’étais un académicien atypique. Mais il y a un rituel qui est là et qui est impressionnant. Vous savez c’est quand on descend avec les gardes républicains qui roulent des tambours. De nos jours, ce rituel devient de l’avant-garde. C’est tout à fait étonnant. »

Vous venez de faire paraître le 19 mai « Merci d’être avec nous » chez Grasset, avez-vous d’autres travaux en cours ?
« J’ai quelques idées qui me travaillent en ce moment. Ce sont des courants souterrains chez moi. Je suis dans un nonagenariat avancé déjà. Je n’ai plus les mêmes élans mais en même temps, j’ai envie de relire des choses. C’est très imprévu chez moi. C’est toujours très imprévu. C’est pour ça que je ne peux répondre à votre question. Peut-être qu’un jour j’écrirai « La nuit des rois ». »

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter à l’avenir ?
« C’est d’avoir la chance d’être encore. Tout en ayant le sentiment tragique de la vie. Mais j’ai un certain âge et j’espère ne pas avoir des misères physiques trop grandes. Fatalement quand on vieillit, il y a autour de vous des gens qui disparaissent. C’est toujours très douloureux. C’est un pan de sa vie qui s’en va quand un ami disparaît. Et aussi ceux qui souffrent tout à coup ou qui sont à l’hôpital. J’espère que cette bonne forme que j’ai pour l’instant continuera. Que mon esprit soutiendra mon corps et mon corps mon esprit. J’ai la chance d’être entouré d’amis. J’ai aussi une femme charmante qui m’aide à vivre. Je demande à ce que cela se prolonge un petit peu mais il est évident qu’à un moment donné, et c’est le grand mystère, on passe de l’autre côté. »

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