Ménage à trois
La vie est morne chez Charles et Sébastien, vieux garçons vivant seuls dans l’appartement familial mis entre parenthèse, comme eux, depuis la mort de leur mère. Comme deux bibelots à l’abandon, les frères se sont résignés à prendre la poussière et à s’enfermer toujours plus profondément dans une routine empesante.
Sébastien, l’ainé, syndicaliste revendicatif refuse toute promotion professionnelle. Il trouve son épanouissement dans les lieux communs qu’il profère sur ses camarades ouvriers en fonction de leur nationalité, dans les plats qu’il prépare avec une infinie minutie et dans le souvenir d’histoires d’amour trop rares et fugaces. Charles, garçon coiffeur harcelé moralement par un patron tyrannique, essaie, lui, de trouver un équilibre entre l’amour fraternel et sa passion pour Nina, sa pétulante petite amie, shampouineuse de son état.
Mais Nina, c’est autre chose… fantasque et conventionnelle à la fois, la jeune femme cherche son équilibre entre deux vieux garçons, Jules et Jim sans rêve, avec la vie derrière eux et le spectre de leur mère bien présent dans chaque acte de leur vie. On est dans les années 70, la révolution sexuelle est en marche, effleurant la vie de la maisonnée.
La poésie du quotidien
Le texte de Michel Vinaver offre douze courtes scènes distillant des bribes de la vie quotidienne faites d’échanges économes et de dialogues de sourds entre trois personnages attendrissants qui cherchent péniblement un sens à leur vie. Léna Bréban, Luc-Antoine Diquéro et Régis Royer portent avec aisance ces trois solitudes. Inexorablement, le trio se heurte et se retrouve dans l’appartement familial, quatrième personnage par lequel transparaissent les changements qui s’opèrent au sein de nos trois antihéros. Nina introduit sa folie, à sa façon, fait table rase du passé, nettoie les corps pour mieux alléger les âmes… et la vie poursuit son cours.
Pas de rebondissement rocambolesque ici. Le metteur en scène, Guillaume Lévêque, axe sa recherche sur le quotidien, sur ces micro-évènements qui transforment une personne. Le cheminement du spectateur est guidé par les interludes rythmant la pièce : une musique ou un éclairage suggèrent mais en laissant toujours libre cours à l’analyse de chacun. Les liens se tissent et se défont, naturellement, sans qu’il y ait lieu d’apporter un jugement de valeur.
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NINA, C’EST AUTRE CHOSE
Texte : Michel Vinaver
Mise en scène : Guillaume Lévêque
Léna Bréban, Luc-Antoine Diquéro, Régis Royer
Du 28 mai au 27 juin
Du mercredi au samedi 21h, mardi 19h, dimanche 16h
Théâtre national de la Colline
15, rue Malte Brun75020 Paris
http://www.colline.fr/
Réservations : 01.44.62.52.52
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